PHARMA

L'ancien siège d'André à Lausanne reprend vie grâce au succès de Debiopharm

Les cent vingt employés de Debiopharm, chercheurs de haut niveau, emménagent dans un bâtiment de l'architecte Jean Tschumi superbement restauré

Si Rolland-Yves Mauvernay boitille légèrement en montant les escaliers, ce n'est pas l'effet de ses 82 ans mais à cause… d'un accident de moto. «Pour comprendre la vie, il faut parfois frôler l'impossible», dit le pétillant fondateur de Debiopharm, motard non repenti au désespoir des siens, passionné de cheval et surtout par son métier.

Originaire de Limoges, médecin et biologiste de formation, Rolland-Yves Mauvernay a bâti sa carrière sur son talent à traquer les molécules prometteuses, les recherches abandonnées par d'autres pour en faire des médicaments à succès qu'il vend à de grands groupes pharmaceutiques. L'Eloxatin, contre le cancer du colon, est ainsi devenu un produit phare de Sanofi-Synthélabo, avec des ventes dépassant le milliard de francs dont une partie revient à Debiopharm sous forme de royalties.

Unique dans l'industrie pharmaceutique, le business model de Debiopharm a réussi à cette discrète entreprise familiale créée à Lausanne en 1979. Elle ne communique pas de chiffre d'affaires, ce qui aurait d'ailleurs peu de sens dans une activité où les projets s'étendent sur plusieurs années. «Nous ne sommes pas en Bourse et ne devons rien aux banques, souligne Rolland-Yves Mauvernay. Les produits font notre force, pas la valeur de nos actions.»

Les seuls chiffres portent sur les effectifs du groupe. Sur 270 personnes, une centaine travaille à Martigny, où Debio Recherche Pharmaceutique produit des microsphères et microgranules libérant les substances actives. Vingt autres sont employées à Gland chez Debiopharm Galenic Unit, une trentaine par Debio Clinic à Paris. Mais le cœur du dispositif est Debiopharm de Lausanne, la «tête chercheuse» développant les médicaments de demain. Elle emploie principalement des scientifiques de haut niveau, de 16 nationalités différentes, collaborant avec un réseau mondial de 450 chercheurs.

Les effectifs de Debiopharm sont passés de 80 personnes il y a cinq ans à 120 aujourd'hui. «Nous pouvons absorber une dizaine de «cerveaux» par an, difficilement plus, dit Hermine Mauvernay, fille du fondateur et responsable des alliances stratégiques. Nous ne cherchons pas une forte croissance, d'autant plus que nous sommes très unis par une forte culture d'entreprise et tenons à le rester.»

Le renforcement de l'équipe a tout de même amené Debiopharm à déménager très récemment dans de nouveaux locaux. L'entreprise a porté son choix sur l'ancien siège d'André (commerce de grains), superbe «vaisseau» triangulaire de verre et d'aluminium dessiné par Jean Tschumi. Classé, le bâtiment construit en 1960 a été restauré de fond en comble – pour 16 millions de francs – et aménagé avec goût et sobriété par Hermine Mauvernay elle-même. Baptisé «après-demain forum», il symbolise les activités de la société qui occupe désormais trois de ses sept étages.

Sur les quatre enfants du fondateur, un deuxième, Thierry Mauvernay, travaille également dans la société, où il est notamment responsable des finances et de l'administration. Quand on lui demande le secret de la réussite de son père, il cite ces propos du patron de Sanofi-Synthélabo, Jean-François Dehecq: «Il se trompe moins souvent que les autres.» A quoi Rolland-Yves Mauvernay ajoute: «Une des choses que j'ai apprises est à dépenser 500 000 à 1 million de francs pour tester les chances d'un nouveau produit, puis à dire rapidement «go!» ou non.» Ce talent est-il transmissible? De la réponse dépend en partie l'avenir de Debiopharm. S'il reste le «boss», Rolland-Yves Mauvernay assure que les processus intellectuels et décisionnels sont largement collectifs et les risques bien répartis.

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