Martin Velasco

L’ange des couples infertiles

Le dispositif de la start-up vaudoise Anecova pourrait révolutionner le marché de la fécondation in vitro

C’est un bureau immaculé avec table blanche, murs blancs et boissons fraîches. Rien ne laisse imaginer la personnalité de Martin Velasco, un entrepreneur et business angel incontournable. Seule la pochette de son costume bleu marine trahit le gentleman à l’accent ibérique. Un homme patient, qui prend le temps d’expliquer ce qu’il développe. Et qui, face à son interlocuteur ne consultera pas sa montre ou ne jettera pas un œil, même furtif, à son téléphone portable.
Et pourtant, ce n’est pas les sollicitations qui manquent. Beaucoup de créateurs de start-up rêveraient d’être repérées par ce «serial entrepreneur» au flair redoutable qui a fait fortune grâce à la société Terra Networks, un portail espagnol racheté par Telefonica et entré en bourse en 1999 ou par la vente en 2000 d’Atlantech Technologies à Cisco. 

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Un dispositif révolutionnaire pour la fertilité

Depuis ses premiers investissements dans le domaine de la technologie, Martin Velasco voue une véritable passion au domaine de la santé. «Le monde est tellement plus intéressant quand on y participe activement avec des projets qui amènent quelque chose de positif à notre société», dit-il. Président d’AC Immune depuis sa fondation – une société romande qui développe des traitements contre la maladie d’Alzheimer – investisseur de première heure dans la société bâloise de biotechnologie Actelion, il figure aussi au conseil d’administration d’Aleva (une start-up qui développe des implants destinés à la stimulation cérébrale profonde) et dirige depuis douze ans la start-up Anecova, basée dans le parc de l’innovation de l’EPFL. Après douze années de recherche, la start-up vaudoise a annoncé, à la mi-janvier, la commercialisation de ses capsules destinées aux couples infertiles. La patience et la pugnacité de Martin Velasco, «et de son équipe», précise-t-il, ont permis d’obtenir les autorisations nécessaires à la vente de ce dispositif révolutionnaire.

Lors d’une fécondation in vitro traditionnelle, les ovules collectés sont fécondés dans une éprouvette de laboratoire. Suit une période d’incubation de plusieurs jours avant l’implantation d’embryons dans l’utérus de la mère. Dans l’approche d’Anecova, la rencontre des ovules et des spermatozoïdes a également lieu en éprouvette. Toutefois, après deux heures, un dispositif perméable est placé à l’intérieur de la cavité utérine pour que la fertilisation soit naturelle. «Les éléments nutritifs et les stimuli proviennent de la mère et non pas de liquides de cultures utilisées en laboratoire, explique Martin Velasco. Cette approche serait moins stressante pour la mère et l’embryon. En outre, nous observons, selon des résultats préliminaires que ces embryons ont une capacité d’implantation d’environ 10% plus forte que ceux conçus in vitro.»

C’est sa rencontre avec Pascal Mock, inventeur de la technologie et spécialiste en médecine reproductive au Centre de procréation médicalement assistée de la Clinique des Grangettes à Genève, qui a provoqué son intérêt pour l’infertilité. «J’ai trouvé géniale l’idée de permettre la fertilisation et le développement de l’embryon d’une façon plus naturelle dans le milieu maternel. Vingt-huit bébés ont déjà été conçus grâce à ces capsules nommées AneVivo et dix autres sont en route.» Lui-même est père de deux filles âgées de 27 et 23 ans, avec lesquelles il partage le développement de ses sociétés, tandis qu’avec son épouse, avocate à Nyon et Genève, il a créé Infantia, une fondation dont l’objectif est de venir en aide aux enfants dans les pays en voie de développement. «Les statuts d’Anecova prévoient que 10% des bénéfices serviront à financer des projets de recherche dans le domaine de la fertilisation et de faciliter les traitements plus naturels dans les pays en voie de développement.»

Un marché prometteur

S’il reste discret quant aux bénéfices et au chiffre d’affaires à venir, le marché peut se révéler très important avec une croissance soutenue, sachant que de plus en plus de couples souffrent d’infertilité (1 sur 6 actuellement) et que le marché de la fécondation in vitro est évalué entre 6 à 8 milliards de francs par année. «Nous avons le potentiel de changer une industrie si nous prouvons que notre système a une influence sur l’épigénétique du fœtus, c’est-à-dire la santé de l’enfant», affirme celui qui a réussi à convaincre les cliniques espagnoles IVI, leader mondial de la procréation médicalement assistée, d’étudier, valider et proposer aux parents les capsules d’Anecova. Le Complete Fertility Center de Southampton (Grande-Bretagne) propose également cette procédure. La start-up romande espère sélectionner 9 cliniques leaders en 2016, puis deux par mois en 2018. En Suisse, des contacts sont en cours.

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Né en 1954 à Bilbao, dans le Pays Basque espagnol, Martin Velasco a grandi, entouré d’un père qui avait une entreprise de transport, d’une mère au foyer et d’un petit frère, «Un environnement très sain. Je jouais à la pelote basque, je passais mon temps à la plage et j’étudiais. J’étais un enfant très facile». Mais le conflit basque, en plein régime franquiste, pousse Martin Velasco à partir. Il rejoint alors l’École polytechnique fédérale de Lausanne et devient ingénieur électricien. Après une année à St Gall, il obtient un MBA à l’Insead de Fontainebleau (France).

D’où vient son esprit d’entreprise qui l’a poussé à investir dans la plateforme informatique Sumerian, dans l’entreprise écossaise Aridhia, leader de la médecine personnalisée, de participer au développement de l’institution de microcrédit Blue Orchard, de lancer les entreprises Speedlingua, Lysis (rachetée par Kudelski) ou la société de biotechnologie Novimmune? Il dit avoir eu le déclic quand il était employé chez Hasler à Berne. «J’avais participé à un projet de commutateur numérique automatique révolutionnaire. Hasler a décidé d’abandonner le projet. J’ai été très déçu. Depuis, j’ai toujours décidé de mener moi-même les projets auxquels je crois.» C’est cet esprit d’indépendance et de positivisme qu’il essaye d’insuffler à ses deux filles car «on ne sait pas comment le monde évoluera et il faut essayer d’être maître de son destin».

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