L’horlogerie suisse n’aura peut-être jamais vécu pareille crise. Selon Vontobel, en 2020, les exportations du secteur devraient chuter de 25%, soit davantage que lors de la crise du quartz (-15,2% en 1975) et même que lors de la pire année de l’histoire horlogère suisse, en 2009 (-22%).

La banque zurichoise a publié mercredi son rapport annuel sur l’industrie de la montre. Actualité oblige, ce dernier s’étend surtout sur l’impact de la pandémie de Covid-19 sur les ventes de garde-temps.

Au cours des prochains mois, la tendance baissière observée depuis février devrait logiquement s’aggraver, avec un recul des ventes à l’étranger qui pourrait atteindre 40% au deuxième trimestre, selon l’analyste René Weber. En cause: les mesures de confinement qui forcent les marques à fermer usines et boutiques et les clients à rester chez eux.

Pour son calcul, il estime que le marché chinois est lentement en train de reprendre des couleurs et que l’européen devrait rouvrir en mai. Il table en outre sur une réouverture des boutiques américaines en juin. «Si ces délais venaient à être retardés, le recul des exportations en serait d’autant plus impacté», note René Weber.

Deux crises incomparables

L’analyste se montre en revanche davantage positif concernant l’emploi. Les marques ont rapidement réagi en arrêtant leurs chaînes de production et le recours au chômage partiel devrait permettre d’éviter la casse. Pour René Weber, il ne faut donc pas s’attendre à voir le scénario des années 1970 – lors desquels le nombre de collaborateurs dans l’industrie avait chuté de 90 000 à 30 000 – se répéter.

«Les deux crises ne sont pas comparables. Il y a plus de cinquante ans, les marques suisses étaient très actives dans le bas et le moyen de gamme et le quartz représentait une menace structurelle. Aujourd’hui, elles sont orientées vers le luxe et la pandémie constitue un problème conjoncturel.»

Le cash, nerf de la guerre

La survie des marques se jouera sur le plan des liquidités. Selon René Weber, «les sociétés qui en disposent comme Rolex, Audemars Piguet, Patek Philippe, Swatch Group, LVMH ou Richemont survivront sans problème». Les plus petites marques indépendantes pourraient, elles, ne pas s’en relever.

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René Weber entrevoit une reprise dès l’an prochain. Le rebond de +22,2% qui avait eu lieu en 2010 lui fait dire que les exportations pourraient progresser de 15% en 2021.

L’analyste estime enfin que Richemont (Cartier, Jaeger-LeCoultre, Piaget) et Swatch Group (Omega, Breguet, Hamilton) ne sont pas égaux face à la crise. «Richemont possède une position plus intéressante que Swatch Group dans la joaillerie, ce qui lui permet d’avoir une meilleure marge. Par ailleurs, on pourrait croire que les avancées de Richemont dans l’e-commerce [ndlr: avec le rachat de Yoox Net-A-Porter] sont un avantage mais comme trois de ses cinq centres de logistique sont fermés, cela n’aide pas tant que ça.»

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Face à ces nombreuses inconnues, la banque Vontobel ne livre pas dans son rapport ses traditionnelles prévisions de ventes par marque. «D’habitude, je fais ce travail en marge des grands salons horlogers, mais comme ils sont tous reportés, il faudra encore patienter quelques mois», conclut René Weber.


Bulgari va livrer les hôpitaux neuchâtelois

Une épine en moins dans le pied des hôpitaux neuchâtelois. Bulgari, la marque de luxe en mains du groupe LVMH qui produit montres, bijoux mais aussi parfums, a annoncé mercredi qu’elle allait produire et offrir des flacons de solution hydroalcoolique au réseau hospitalier neuchâtelois (RHNe). «C’est une goutte d’eau, certes, mais en ce moment toutes les gouttes d’eau sont bonnes à prendre», constate un observateur qui assure que cela va au-delà de la seule opération de communication.

Quelque 3000 bouteilles seront livrées dès la fin de la semaine dans les réserves de La Chaux-de-Fonds (NE) et serviront aux 2600 employés des sept établissements du canton. «Vu que notre ligne de production de parfums était de toute façon arrêtée, il n’était pas compliqué de devenir un fabricant de ce produit dont les autorités sanitaires du monde entier disent manquer cruellement», note Jean-Christophe Babin, patron de la marque, lui-même confiné à Neuchâtel où il habite avec sa famille.

L’entreprise en donne déjà chaque jour 10 000 flacons à la protection civile italienne. Selon Jean-Christophe Babin, ce «mécénat humanitaire» devrait coûter au total 1 million de francs à l’entreprise.

Pour le conseiller d’Etat chargé de la Santé, Laurent Kurth, Bulgari «confirme ainsi les liens qui l’unissent de longue date au canton de Neuchâtel et l’attention qu’elle porte à son environnement». Un bon point, à l’heure où les géants du luxe sont plus souvent critiqués pour leur manque d’implication dans la vie communautaire de la région. V. G.