La nouvelle est tombée vendredi 21 août: le coronavirus a eu raison de la traditionnelle course de l’Escalade. Evénement phare de la vie genevoise, le rendez-vous populaire réunit chaque année plus de 40 000 coureurs, début décembre, dans les rues de la Vieille-Ville. Une décision prise tôt car, dès septembre, ce sont 700 000 francs par mois qui sont engagés pour organiser l’événement au budget de 3,5 millions de francs.

«Annuler maintenant nous coûtera 450 000 francs, détaille Jerry Maspoli, organisateur de l’Escalade. Nous toucherons les subventions de l’Etat, qui nous a assurés de son soutien. Pour le reste, nous discutons avec nos partenaires» [tels que Migros et UBS]. Serein quant à l’avenir de la compétition, il l’est moins pour les différents secteurs qui comptent beaucoup sur la course de l’Escalade. Aucune étude n’a été réalisée sur l’impact économique de l’événement à Genève mais certains souffriront de cette annulation.

Course d’obstacles

Ce n’est pas du côté des fitness qu’un impact est redouté, leur offre étant assez indépendante des activités physiques en extérieur. L’annulation aura plus de conséquences sur les enseignes spécialisées dans la course à pied et les centres de coaching sportifs. Tous se préparent à un hiver plutôt calme.

David Bourget, responsable du magasin Running Planet à Carouge, est résigné: «Les participants commencent à s’équiper dès septembre pour l’Escalade et les autres courses de l’automne. L’impact économique sera indéniable. De plus, la conjoncture et les inquiétudes liées à l’emploi risquent de faire baisser le pouvoir d’achat de la clientèle.»

Si la fin d’année s’annonce rude, l’enseigne genevoise peut toutefois se réjouir d’avoir vécu une bonne période estivale. Car après un printemps confiné, il semblerait que la course à pied ait présenté un fort attrait dès le mois de mai. Même sans courses populaires, les recettes de Running Planet entre mai et août 2020 ont dépassé celles de l’été 2019. «Nous avons même pu rattraper le chiffre d’affaires perdu pendant le confinement», affirme David Bourget.

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«L’Escalade, c’est notre activité première dès la fin de l’été», se désole Frédéric Gazeau, fondateur de Personal Trainer. Le centre genevois entraîne généralement une centaine de personnes rien que pour cet événement. Frédéric Gazeau estime que ce sont 25 000 francs qui ne rentreront pas dans les caisses cette année.

Johann Ferré, cofondateur de Sport Quest, centre qui propose également un suivi des sportifs dans leur quête de performance, est également inquiet: «En plus de nos clients individuels, ce sont aussi des contrats avec des entreprises qui vont tomber. Chaque année, trois à quatre sociétés du secteur bancaire ou pharmaceutique nous mandatent pour entraîner leurs employés.»

Faire preuve de créativité

Dans l’impossibilité d’attirer de nouveaux sportifs, le défi de ces entreprises est de conserver la clientèle actuelle. Sport Quest mise sur la création de services. Johann Ferré envisage de proposer un parcours de marathon à ses clients, afin de leur offrir un véritable objectif.

Des alternatives, Jerry Maspoli en cherche également. «Certaines personnes ne courent que pour la course de l’Escalade et nous ne voulons pas qu’elles abandonnent le sport pendant une année. Nous réfléchissons à une solution. Pourquoi pas un entraînement, si les conditions sanitaires le permettent. Ou un défi à distance.» Pour garder les sportifs motivés mais aussi conserver une visibilité et un lien avec le public, toutes les institutions liées à la course à pied doivent aujourd’hui faire preuve d’inventivité.