Au cœur des marchés

L’aplatissement de la courbe des rendements mérite attention

Signe avant-coureur d’un ralentissement de la croissance, ce phénomène n’est pas nécessairement synonyme de récession imminente

L’écart entre les rendements des emprunts du Trésor américain à 2 ans et à 10 ans a diminué de plus de moitié en 2017, s’inscrivant à son plus bas depuis 2007. L’aplatissement de la courbe des rendements a été perçu comme le signe avant-coureur d’un repli de la future croissance. Des courbes de rendements inversés où les taux à court terme sont supérieurs à ceux à long terme annoncent souvent une future récession.

En effet, ces cinquante dernières années, sept récessions ont été précédées par des resserrements monétaires de la Réserve fédérale suffisants pour inverser la courbe des rendements à 3 mois/10 ans. Avec le tour de vis de décembre et les deux ou trois nouvelles hausses de taux prévues pour cette année, la courbe pourrait donc bien s’aplatir encore davantage, ce qui risque d’alimenter la volatilité des actions dans le courant de l’année. On se pose d’ailleurs toujours plus de questions à ce propos.

Cette fois, c’est différent

Toutefois, la comparaison avec le passé est malaisée. L’aplatissement reflète cette fois-ci les différents resserrements monétaires de la Réserve fédérale, en réaction au redressement de l’économie. Fait plus important encore, il représente une normalisation après des niveaux anormalement bas. En revanche, il n’est, en aucun cas, une réponse à une hausse de l’inflation, ce qui relève de la mission d’une banque centrale.

Par ailleurs, des facteurs structurels contribuent au maintien de taux longs à un niveau inférieur à ce qui a été le cas par le passé. Sous l’effet de la baisse de la productivité et de l’augmentation de la population, la tendance de croissance aux Etats-Unis et, par conséquent, le taux d’intérêt réel neutre sont structurellement inférieurs aux niveaux observés autrefois. Les pics des taux d’intérêt précédents ne sauraient donc être pris comme références et un nouvel aplatissement de la courbe des rendements n’est pas nécessairement synonyme de récession imminente.

Prolongation du cycle

Suite à la récente reprise des dépenses de consommation, les signes de recrudescence des investissements se multiplient, ce qui pourrait aussi prolonger le cycle. De plus, la législation fiscale qui vient d’être adoptée aux Etats-Unis devrait insuffler un nouvel élan à la croissance économique, à raison d’une augmentation de 0,25 à 0,5% par an en 2018 et 2019. Ce qui réduit encore la probabilité, pourtant déjà faible, d’une récession.

En résumé, un nouvel aplatissement ne freinera pas nécessairement la hausse des actions à court terme. Toutefois, l’inclinaison de la courbe des rendements est importante pour différents secteurs et la dispersion de la performance sectorielle pourrait fort bien se révéler importante en 2018.

Publicité