Comment l’économie suisse peut-elle redresser la tête après les revers de la limitation de la main-d’œuvre étrangère liée à l’acceptation de l’initiative de l’UDC sur l’immigration et le renchérissement de 15% du franc suisse face à l’euro suite à la décision de la Banque nationale suisse (BNS)?

Les partis politiques ont déjà donné leurs recettes, dérégulation à droite et protection de l’emploi à gauche, alors que le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann poursuit ses tables rondes avec les milieux économiques et les partenaires sociaux pour élaborer un plan de mesures envisageables.

Dans ce climat de tension et d’incertitude, Sergio Ermotti, patron d’UBS, lance dans l’arène, par une tribune publiée mercredi dans plusieurs journaux, dont «Le Temps», un programme en cinq points qui enjoint le pouvoir politique de déréglementer, tout particulièrement le secteur financier, et de réduire les taxes et impôts.

Il estime que la recherche du consensus doit être placée au second plan par le pouvoir politique pour répondre à l’urgence de renforcer l’attractivité et la compétitivité du pays.

Précédent en 1995

Cette stratégie rappelle, en moins ambitieux, le livre blanc sur la libéralisation publié en 1995 par plusieurs chefs d’entreprises, dont David de Pury, ancien président d’ABB et ancien président du conseil d’administration du «Temps». L’appel à la libéralisation afin de relancer la croissance économique concernait en particulier les secteurs des télécommunications et l’agriculture.

La stratégie prônée par Sergio Ermotti reprend, en plus étroit, le récent catalogue de 18 mesures proposées par le Parti libéral-radical (PLR), démoli quinze jours plus tard par le Parti socialiste (PS). Elle fait aussi sienne la volonté de l’UDC, exprimée huit jours après la décision de la BNS, de mettre au point un «programme de dérégulation» rassemblant l’ensemble des partis de droite.

Les critiques les plus vives contre les thèses de Sergio Ermotti, partagées entre la colère et la raillerie, proviennent des membres du Parti socialiste et des Verts. «Ermotti fait preuve de la même arrogance et propose les mêmes recettes inefficaces que son prédécesseur Marcel Ospel», s’insurge Christian Levrat, président du PS.

Mémoire courte

Quelques heures après la publication du programme de Sergio Ermotti, le président du PS a répliqué sur le site internet du «Tages-Anzeiger»: «L’UBS a dû être sauvée par l’Etat avec l’injection de 60 milliards de francs, elle ne verse pas d’impôts et offre des bonus par milliards à ses cadres. Et c’est cette entreprise exemplaire qui veut donner des ordres au pouvoir politique.»

Philippe Müller, président du PLR, se dit au contraire ravi en constatant que Sergio Ermotti défend largement les propositions élaborées par son parti. Toni Brunner, président de l’UDC, salue l’engagement d’Ermotti dans le débat politique et rappelle la nécessité de ne pas poursuivre les projets de réglementation en matière financière.

A droite, certaines voix sont moins enthousiastes. C’est le cas d’Andrea Caroni. Le conseiller national PLR constate qu’«Ermotti est très concentré sur les réformes de la branche financière, mais ne se prononce pas sur la manière de régler la question de l’assèchement de la main-d’œuvre suite à l’acceptation de l’initiative de l’UDC».

Franz Steinegger, ancien président du PLR, interrogé par le «Blick», ne souscrit pas au plaidoyer de Sergio Ermotti en faveur de la dérégulation: «UBS ne peut pas exiger l’élimination de certaines réglementations bancaires alors que ce groupe, impliqué dans la crise financière en 2008, a contribué à ce que l’Etat doive davantage réglementer ce secteur.»