Les invités

L’application des taux de conversion actuels est abusive

Dans son édition du 11 février 2015, K-Tipp, un journal de consommateurs bien connu en Suisse alémanique, tire à boulets rouges sur les assureurs vie: la population ne deviendrait pas toujours plus âgée et leurs campagnes commerciales ne viseraient qu’à préparer le terrain à une réduction des taux de conversion, c’est-à-dire des rentes. Une analyse s’impose.

Ce que M. Schuhmacher, le rédacteur en chef de K-Tipp, semble ignorer, c’est que le financement du 2e pilier, contrairement à celui du 1er pilier, repose sur le calcul prospectif des versements futurs des rentes, pour déterminer le degré de couverture des caisses de pension, soit le rapport de ses actifs et de ses engagements. Il est donc primordial dans un tel environnement de considérer, pour le calcul des taux de conversion et des provisions mathématiques, non pas la mortalité de la population en une année donnée, comme le fait K-Tipp, mais bien la mortalité spécifique de chaque génération. La mortalité dans 25 ans d’un homme âgé aujour­d’hui de 65 ans n’est pas la même que celle aujourd’hui d’un homme de 90 ans! Les chiffres de l’Office fédéral de la statistique, que l’on peut difficilement supposer être sous l’emprise du lobby des assureurs, sont sans appel.

La durée de vie moyenne à 65 ans d’un homme né en 1940 était de 19,8 années. Celle, toujours à 65 ans, d’un homme né en 1980 est estimée à 23,7 années. Il ressort clairement que la durée de vie moyenne continue de croître. Il faudra bien en tenir compte dans le calcul des taux de conversion appliqués aux futurs retraités, d’autant plus que les rendements des avoirs de vieillesse des jeunes générations doivent aujourd’hui déjà financer une partie des rentes actuellement versées aux retraités!

Les taux de conversion actuels sont en effet excessifs: «Prévoyance vieillesse 2020 prévoit une baisse du taux de conversion de 6,8 à 6,0%. D’un point de vue mathématique, il faudrait appliquer aux personnes qui atteindront l’âge de la retraite dans les quinze années à venir des taux de conversion entre 4 et 6% au maximum… Pour les trentenaires d’aujourd’hui, les taux de conversion ne devraient plus se situer à l’avenir qu’entre 3,7 et 5,5%, sur la base d’un âge à la retraite inchangé» (source: UBS, News Prévoyance). Il faut savoir que l’élément essentiel qui détermine les taux de conversion n’est pas la longévité des rentiers, mais le rendement des placements. Or les taux d’intérêt ne cessent de baisser depuis de nombreuses années. Les assureurs vie et les caisses de pension doivent en tenir compte.

Finalement, si les conditions d’assurance au sein du 2e pilier ne sont plus suffisantes, parce que par exemple les taux de conversion sont trop élevés, ne courons-nous pas tous le risque que les assureurs vie se désintéressent de ces affaires, comme l’a déjà fait il y a quelques années un des acteurs principaux du marché d’assurance suisse? Pourquoi un certain nombre d’assureurs vie n’offrent-ils déjà plus aujour­d’hui des rentes viagères en assurance individuelle?

Que K-Tipp et M. Schuhmacher continuent de comparer les éplucheurs de légumes ou les produits de lessive, mais de grâce qu’ils s’abstiennent de s’exprimer dans des domaines complexes et hypersensibles sans avoir les connaissances requises, ni pris la mesure de l’impact de leurs propos. Sutor, ne supra crepidam, que le cordonnier ne juge pas au-dessus de la crépide. La désinformation est certes également une information mais le public, et les lecteurs de K-Tipp, n’attendent-ils pas de recevoir d’un journal dont l’objectif primaire est la défense des intérêts des consommateurs des informations utiles et objectives?

*  Consultant indépendant, Küsnacht

Ne courons-nous pas tous le risque que les assureurs vie se désintéressent de ces affaires?