Les applications pour tracer les porteurs du virus se multiplient. Après la Chine, Singapour ou la Corée du Sud – et avant la Suisse, qui pourrait la lancer aux alentours du 11 mai – c’est au tour de l’Australie de proposer son propre programme. Dimanche, le pays a mis à disposition le programme COVIDSafe. Téléchargé par plus de 2 millions de personnes, il suscite plusieurs interrogations, notamment par rapport au respect de la vie privée.

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Disponible tant sur iPhone que sur les téléphones tournant sur Android (le système de Google), COVIDSafe doit permettre de détecter, via la technologie sans fil Bluetooth, si une personne est en contact durant au moins quinze minutes à 1,5 mètre avec un porteur du virus. «Plus de personnes téléchargent cette application très importante pour la santé publique, plus elles et leur famille seront en sécurité, plus la communauté sera sûre et plus vite nous pourrons lever les restrictions», a affirmé dimanche le premier ministre, Scott Morrison. L’Australie compte environ 6700 infections au total, dont 16 nouveaux cas enregistrés ce dimanche.

Objectif 40%

Les autorités australiennes estiment que, pour être efficace et casser les chaînes de contamination, l’application devrait être utilisée par au moins 40% de la population. Le pays comptant environ 26 millions d’habitants, cela représenterait 10,4 millions de personnes. Pour l’heure, un cinquième de cet objectif est atteint. A titre de comparaison, Singapour avait lancé il y a plus d’un mois son application TraceTogether, dont s’est largement inspirée l’Australie: ce pays visait un taux d’adoption de 75%, mais seulement un sixième des Singapouriens l’utiliseraient.

Le gouvernement de l’île-continent a donné à plusieurs reprises des garanties sur le respect de la vie privée: les données des utilisateurs seront anonymes et stockées en Australie, elles ne seront utilisées que pour lutter contre le virus et toute personne effaçant l’application verra ses données supprimées du registre central. Une partie des données sont stockées sur le téléphone des participants (durant vingt et un jours), l’autre partie sur un serveur central – cette solution est donc plus centralisée que le projet suisse, et donc a priori moins respectueuse de la vie privée.

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Critiques

Les autorités ont publié un premier rapport technique sur l’application, qui n’a pas satisfait l’Australian Privacy Foundation, organisation de défense des libertés individuelles. «Les documents incomplets présentés apportent davantage de questions que de réponses. La confiance du public a davantage été entamée que gagnée. Nous avons besoin d’un audit sur l’impact sur la vie privée, basé sur une large consultation publique et la consultation d’experts», a écrit l’association.

Le code source de COVIDSafe n’a pas encore été publié – ce que de nombreux experts jugent indispensable pour une analyse complète. Et il n’y a pas encore eu de débat au niveau du parlement australien.

Enfin, plusieurs utilisateurs ont remarqué des problèmes techniques sur des iPhone: si ceux-ci sont en mode «économie d’énergie», l’application serait moins efficace. Tant Apple que Google doivent bientôt annoncer des mesures techniques pour le traçage du virus.