L’apprentissage, antidote au chômage des Français

Emploi Les 23,3% de jeunes sans emploi dans la zone euro étaient au menu du sommet de Milan

Le France s’éprend de la filière de formation professionnelle, fierté de la Suisse

Ils étaient plusieurs milliers à se presser, les 2 et 3 octobre, à la quinzième édition de «Paris pour l’emploi». Leur objectif? Attirer l’attention des 2000 recruteurs présents chaque année lors de cet événement organisé place de la Concorde. Un test grandeur nature des politiques d’aide et de formation mises en œuvre en France, où 22,9% des moins de 25 ans sont au chômage, contre 23,3% dans la zone euro (3,4% en Suisse) et des chiffres record en Espagne (53,7%), en Grèce (51,5%) ou en Italie (44,2%). Une illustration, surtout, de ce défi pour l’Union européenne, sur lequel les chefs d’Etat ou de gouvernement des Vingt-Huit ont planché mercredi à Milan.

Le cas de la France est emblématique. Depuis les années 1980 et l’objectif affiché des gouvernements successifs d’amener les jeunes jusqu’au baccalauréat, en privilégiant l’enseignement général, la situation n’a cessé de se dégrader. Ce que confirme Etienne Segretain, ancien cadre de Publicis et président de l’association-organisatrice, Carrefours pour l’emploi. «On ne peut pas dissocier l’échec constitué par ce chômage massif des jeunes des erreurs en matière de politique éducative explique-t-il. La réalité vécue au quotidien par les entreprises françaises est le surnombre de qualifications inadaptées parmi les moins de 25 ans. L’on doit impérativement se concentrer sur une question, comme vous le faites en Suisse: Quels sont les besoins des employeurs?»

Un mot vient ensuite dans toutes les conversations: apprentissage. Bruno, 42 ans, est l’un des recruteurs de la chaîne de magasins de bricolage Leroy Merlin, qui s’apprête à ouvrir une nouvelle enseigne à Paris. A la clef? Une centaine d’emplois: caissier, magasinier, conseiller commercial, menuisier, vitrier… Le problème selon lui? La méconnaissance du monde de l’entreprise par les jeunes Français: «En moyenne, les salariés que nous recrutons à un niveau inférieur au bac, et qui suivent avec nous des formations en alternance (entre l’entreprise et le lycée), sont bien plus opérationnels et restent plus longtemps à nos côtés. Sans exagérer, je me méfie des CV trop bien remplis brandis par des jeunes sans aucune expérience du monde du travail.»

La Suisse est l’un des exemples souvent cités. Emmanuel de Richoufftz, général à la retraite, a longtemps piloté pour GDF-Suez des programmes d’insertion de jeunes Français en difficulté. Il remet l’apprentissage dans son contexte: «Fréquenter tôt le monde du travail contribue grandement au savoir-être», explique-t-il. L’un des problèmes majeurs rencontrés par les employeurs, selon lui, est que «la plupart des formations dispensées en France par les organismes sociaux ne sont pas pérennes». La vertu de l’apprentissage est qu’elle installe le partenariat entre l’entreprise et l’école dans la durée. Elle engage l’employeur, qui ne recherche pas à bénéficier d’une aide, mais à former ses futurs salariés.

L’inconvénient est que dans l’Hexagone, les initiatives telles que «Paris pour l’emploi» sont à la fois nombreuses et mal coordonnées. A l’image de ce qui se passe, au niveau de l’UE, pour la «garantie jeunesse», cette enveloppe de 6 milliards d’euros dédiée par l’UE à la lutte contre le chômage des jeunes pour 2014 et 2015, que François Hollande et Matteo Renzi veulent gonfler à 20 milliards. Seuls 1% des fonds ont, selon les experts, été débloqués jusque-là. Et les plans d’action présentés par les pays membres, avec un budget afférent (620 millions d’euros pour la France), ne sont ni coordonnés ni centralisés pour mener des actions exemplaires, au niveau de l’Union, et permettre de valoriser les expériences les plus performantes. En France, le saupoudrage régional reste la règle, avec une prime de crédits accordée aux onze régions les plus sinistrées en matière d’emploi. Le Medef, l’organisation faîtière du patronat qui a lancé fin septembre ses propositions pour créer un million d’emplois, est aussi mis en cause. Certes, une plus grande flexibilité du marché du travail est jugée indispensable «Mais il faudrait avoir davantage de lieux où recruteurs et jeunes demandeurs d’emploi puissent se retrouver, plaide Michel Lefèvre, directeur de la manifestation parisienne. Nous n’avons pas seulement besoin d’un dialogue social. Il faut, en France, beaucoup plus de dialogue pour le travail entre les entreprises et les pouvoirs publics.»

La «garantie jeunesse» de l’UE consacre 6 milliards d’euros à la lutte contre le chômage des jeunes