Entrepreneuriat

«L’apprentissage n’est plus adapté à la réalité économique d’aujourd’hui»

Un apprenti mécanicien n’est plus celui qui reprend le garage de son patron. L’avis de Sandro Cattacin, professeur de sociologie à l’Université de Genève

Pour Sandro Cattacin professeur de sociologie à l’Université de Genève, deux facteurs expliquent l’émergence des «millennipreneurs»: la flexibilisation de l’économie et l’héritage générationnel.

Le Temps: Quel est le profil des jeunes entrepreneurs d’aujourd’hui?

Sandro Cattacin: Il s’agit d’indépendants qui sont soit très peu formés, soit particulièrement bien formés. L’entre-deux est extrêmement rare. Dans ce contexte, l’apprentissage – hors Maturité professionnelle – est inadapté à la réalité économique contemporaine. C’est un état de fait qui mériterait d’être débattu.

Comment expliquez-vous l’émergence de ces nouveaux indépendants?

Il faut distinguer deux tendances distinctes: l’une liée à la transformation économique, l’autre générationnelle.

C’est-à-dire?

Le premier facteur a trait à la flexibilisation des rapports d’affaires. Une fois licenciés, les salariés sont encouragés à se mettre à leur compte. L’archétype de la grande entreprise a cédé le pas à une économie de réseaux, de sous traitance en cascade, avec des acteurs substituables. Partant de là, les jeunes sont poussés à devenir entrepreneurs d’eux-mêmes, dans une logique d’innovation forte. Nous sommes sortis du modèle fordiste traditionnel, pour entrer dans celui d’une culture de rachat de start-up, où la nouvelle population active ne peut plus reprendre le métier de leur père ou de leur mère, simplement parce que ces derniers n’ont plus de poste de travail à transmettre.

Les «Y» ont donc moins le choix que leurs aînés?

Pas tout à fait. L’entrepreneuriat, avec son lot d’écueils ou de faillites, a connu une montée en puissance spectaculaire dès les années 1970. Les jeunes d’aujourd’hui sont imprégnés de cette dynamique, constituée de hauts, comme de bas. Cela fait partie de leur normalité, contrairement aux quadragénaires et aux quinquagénaires, qui sont davantage perturbés par l’instabilité professionnelle.

Les technologies numériques jouent-elles un rôle d’accélérateur dans ce processus?

Oui. L’ère de la forte individualisation, de spécialisation de produit par niche géographique, notamment, est révolue. Aujourd’hui, Internet dicte la différenciation, parmi une nuée de petits modèles d’affaires trouvant leur rentabilité à travers un canal en ligne mondialisé.

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