Les hôtels des Baléares ne percevront bientôt plus l'impôt écologique. Suite à un projet de loi approuvé vendredi, l'«ecotasa», en vigueur depuis avril 2002 dans l'archipel espagnol, a été annulée par le gouvernement régional. Cette mesure prendra effet à partir de l'automne prochain. Cette taxe écologique avait été mise en place afin de financer la protection de l'environnement de l'archipel, d'agrandir les parcs naturels et de développer les zones protégées non constructibles.

Cet impôt est financé par les touristes se logeant dans des hôtels, des maisons rurales ou des appartements-hôtels. Fixé en moyenne à un euro par nuitée, il varie en fonction de la catégorie – de 0,25 euro pour l'agrotourisme à 2 euros pour un établissement cinq étoiles. Sur le plan financier, l'«ecotasa» avait rempli ses promesses: en un peu plus d'un an d'existence, elle a permis de constituer une caisse de 46 millions d'euros. Un montant qui devrait être porté à 60 millions d'euros d'ici à la fin de cet été et qui a déjà permis de lancer des projets de protection du littoral.

Lancée par l'ancien exécutif régional, de tendance socialiste, cette taxe écologique était appelée à disparaître, depuis les élections régionales du 25 mai que le Parti populaire (PP, droite) a emportées à la majorité absolue. Cette formation conservatrice a toujours servi les intérêts du principal lobby de l'archipel, celui des hôteliers. Or, depuis les premiers débats sur l'«ecotasa», en 2000, ces derniers vouent aux gémonies cet impôt qui irait «contre leurs intérêts», et ont tout fait pour torpiller sa mise en place.

Dès le début, cette taxe écologique a alimenté des craintes. Dans un archipel dont 80% du PIB provient de l'activité touristique, beaucoup y ont vu le risque d'une menace à l'encontre des 10 millions de vacanciers à l'année – soit près de quinze fois la population locale –, dont une majorité de citoyens britanniques et allemands. Conséquence: hôteliers, tour-opérateurs, chambres de commerce, gouvernement central n'ont cessé de mettre des bâtons dans les roues aux promoteurs de cette taxe.

Lobby des hôteliers

Ce sont les hôteliers qui auront été les plus actifs dans cette entreprise de sabotage. A leurs yeux, l'«ecotasa» n'a que des défauts: elle serait injuste, car elle ne s'appliquerait qu'aux touristes se logeant dans les hôtels, non à ceux – nombreux – qui possèdent des résidences dans l'archipel; elle s'ajouterait en outre à d'autres taxes, telles que la TVA; surtout, elle grèverait la compétitivité du secteur touristique des Baléares.

Sous la pression de la Fédération des hôteliers, le gouvernement central de José Maria Aznar (PP) avait déposé un recours contre l'«ecotasa» auprès du Tribunal constitutionnel. Une plainte rejetée en janvier 2002 par les magistrats, qui donnaient ainsi le feu vert à l'exécutif régional de l'époque pour lancer la réforme.

Même après l'entrée en vigueur de l'«ecotasa», trois mois plus tard, les critiques n'ont cessé de pleuvoir sur le chef du gouvernement baléare, le socialiste Francesc Antic. Les foudres des hôteliers se faisaient d'autant plus virulentes que le tourisme régional commencait à sombrer dans une crise profonde. En 2001, les réservations chutent de près de 30%, du jamais-vu depuis longtemps. De nombreux Allemands, assidus à Majorque, restent chez eux ou séjournent sur d'autres littoraux tels que la côte croate. Une désaffection due essentiellement à la crise économique dans leur pays mais les hôteliers, eux, ne cessent de marteler que l'entrée en vigueur de l'«ecotasa» a une grande part de responsabilité dans ce phénomène. Un argument peu convaincant lorsqu'on sait qu'au total, le montant de l'impôt écologique ne dépasse pas 0,9% de l'ensemble des dépenses touristiques effectuées dans l'archipel des Baléares. Avec la disparition de la taxe, la polémique a été tranchée au scalpel.