Paiements

L’argent mobile peine à s’établir

Impossible aujourd’hui d’envisager le quotidien sans smartphone. Voilà que cet appareil intelligent est maintenant censé faire également office de porte-monnaie. Mais payer avec son smartphone reste une pratique marginale en Suisse. Pour qu’elle puisse s’établir, de nouvelles impulsions seront nécessaires

La numérisation de tous les domaines de la vie courante a pu s’accomplir grâce à l’avènement du smartphone – et le paiement des biens et des services n’y fait pas exception. Apple Pay, Samsung Pay et Twint, autant de noms que l’on connaît désormais en Suisse. Et pourtant, ces applications ne sont que rarement utilisées, même si les chiffres révèlent des volumes de téléchargement élevés.

Selon les résultats d’une enquête représentative menée par le comparateur sur Internet Comparis.ch, près de deux tiers des répondants n’utilisent absolument jamais le paiement mobile. Et seule une personne sur dix règle un achat avec son smartphone au moins une fois par semaine.

Barrières structurelles et psychologiques

Les raisons expliquant la réserve des consommateurs sont nombreuses. D’une part, la fonctionnalité du paiement mobile n’en est qu’à ses balbutiements. Aucun des systèmes n’a encore réussi à pleinement convaincre les mobinautes. Apple Pay et Samsung Pay ne fonctionnent en effet qu’avec certaines cartes de crédit. Et Twint, qui a été conçu pour le paiement à la caisse, fait face à une concurrence sérieuse, laquelle trouve son expression dans la fonction sans contact des cartes de débit et de crédit. Près de la moitié des consommateurs effectuent déjà des achats par carte dont le paiement ne nécessite pas la saisie du code PIN.

D’autre part, il existe aussi des enjeux structurels tels que la question de la propriété et de l’utilisation des données, que l’on retrouve dans la multiplicité des processus de paiement que Twint pratique. Prenons l’exemple de Migros. Le géant de la distribution a récemment annoncé vouloir intégrer Twint à sa propre application. Une possibilité pour Twint d’accroître son nombre d’utilisateurs, qui toutefois ne lui ouvrira pas grandes les portes de l’accès direct aux clients: en effet, pour pouvoir régler à la caisse d’un magasin Migros, un client doit avoir installé l’application de l’enseigne sur son smartphone. Pour Twint, le contrôle direct du canal de paiement, comme chez Coop, serait souhaitable, tandis que pour le consommateur, un processus de paiement unique offrirait une meilleure visibilité. Dans ces conditions, il est plus qu’improbable que l’utilisation de cette application se généralise dans un avenir proche.

A cela viennent s’ajouter des barrières psychologiques. En effet, dès lors qu’il est question d’argent, les Suisses font preuve d’une certaine circonspection. Tout particulièrement quand il y va de la sphère privée et de la sécurité des données. C’est l’une des raisons qui font que le paiement en espèces continue à jouir d’une vaste popularité en Suisse.

Coopérations et environnement compétitif suscitent de nouvelles impulsions

Pour que le paiement via smartphone réussisse à s’établir, de nouvelles impulsions seront nécessaires. L’émergence de certaines d’entre elles commence à se dessiner. Tout récemment, Twint a entamé une coopération avec l’entreprise BLS. Et selon Twint toujours, d’autres pourparlers sont en cours. Des coopérations de cette nature seront un passage obligé pour parvenir à étendre la couverture de ce moyen de paiement et à en renforcer l’acceptation.

Google se trouve d’ores et déjà dans les starting-blocks. Pas plus tard qu’en janvier, le géant d’Internet lançait Google Pay, sa solution étendue de paiement sous Android. Cette application remplace Android Pay, la solution qui était proposée jusqu’à maintenant. Ce service n’est pas encore disponible en Suisse, certes. Mais si Google devait envisager de faire son entrée sur le marché suisse, cela pourrait bien changer la donne.

Il est difficile de savoir si l’utilisation de l’argent mobile finira par se généraliser. Cela supposera alors que les avantages qu’il procure surpassent ceux d’autres moyens de paiement tels que les espèces ou les cartes de paiement. Mais de toute évidence, cette évolution prendra encore du temps. Les Suisses sont tout de même près de 40% à penser que le paiement via smartphone supplantera un jour les cartes de crédit et de débit. Il y a donc tout lieu de croire qu’une certaine disposition à payer plus souvent à l’avenir avec son smartphone existe bel et bien.

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