L’Argentine condamnée à payer

ses dettes aux fonds vautours

Obligations La Cour suprême des Etats-Unis a rendu sa décision lundi

Quelque 1,3 milliard de dollars doivent être remboursés; près de 40 autres milliards pourraient suivre

Ils ont gagné. Lundi, la Cour suprême des Etats-Unis a donné raison aux fonds d’investissement qui réclament à l’Argentine depuis plus de douze ans le remboursement de leurs titres en défaut. Des fonds dits vautours, parce qu’ils sont spécialisés dans la quête du remboursement de la dette des pays en difficulté financière. La décision d’hier pourrait plonger le pays dans une nouvelle cessation de paiements.

Et pourtant Axel Kicillof, le ministre de l’Economie, avait rassuré tout le monde en prétendant de source sûre que la haute cour américaine ne prendrait pas cette décision. Et pourtant la présidente en personne, au congrès des pays du G77, avait appelé dimanche à ne pas donner suite aux réclamations des fonds vautours qui menacent la chancelante économie de son pays ainsi que celles d’autres pays émergents. Même Barack Obama et François Hollande avaient essayé d’amadouer les juges américains en faveur de l’Argentine. Rien n’y a fait.

Les juges de la Cour suprême des Etats-Unis ont confirmé hier le jugement donné en première instance par le juge fédéral Thomas Griesa fin 2012: l’Argentine doit payer. La pire décision pour le gouvernement de Cristina Kirchner, non qu’il ne possède pas les 1,3 milliard de dollars qu’exigent les fonds vautours mais bien parce que c’est la voie ouverte à tous les investisseurs qui avaient accepté en 2005 et 2010 la décote de 70% de leurs titres en défaut à réclamer le remboursement intégral de ceux-ci. Une facture qui pourrait se chiffrer entre 18 et 43 milliards de dollars selon les estimations, impossible à payer.

Les économistes argentins sont unanimes, le pays est dans une situation périlleuse. Pour l’ancien secrétaire aux Finances du gouvernement de Nestor Kirchner, Miguel Kiguel, la décision de la Cour suprême met virtuellement le pays dans une position de «défaut technique» (les raisons du défaut n’étant pas dues à une incapacité financière mais légale).

José Luis Espert va plus loin: «Soit l’Argentine paie, soit elle entre en cessation de paiements», explique le directeur du bureau Espert, une référence en matière d’économie à Buenos Aires. «D’ailleurs, le cours des obligations de la dette va probablement baisser», ajoute l’analyste. Ce qui n’a pas manqué; à la suite de la nouvelle, la bourse de Buenos Aires a accusé le coup et a chuté de 7%, les actions argentines à New York de 13%, les titres de la dette souveraine de 15% et le dollar est parti à la hausse.

Une petite lueur cependant dans ce sombre tableau. «Tout dépend de la manière dont le juge Griesa demandera l’application du jugement, explique Marco Lavagna, directeur d’Ecolatina, bureau d’expert indépendant. Peut-être sera-t-il possible de négocier avec les fonds vautours.» «Possible, certes, rétorque Gustavo Ber, politologue, mais cela dépendra également de la réaction du gouvernement, qui ne s’attendait pas à cette nouvelle et risque de la prendre très mal.»

Un gouvernement surpris à tel point que la présidente a annoncé qu’elle prendrait la parole en fin de journée pour expliquer la situation et sa réaction aux Argentins, après le bouclage de ces colonnes. Des Argentins dont l’euphorie à la suite de la victoire de leur équipe de football lors de son premier match de la Coupe du monde risque d’être de courte durée. En effet, englués depuis des mois dans une inflation galopante (estimée à 30% en rythme annuel), une insécurité jugée inquiétante et une pauvreté croissante, les voilà confrontés maintenant aux fonds vautours. Si les opposants applaudissent des deux mains, car ils voient là une occasion de mettre en difficulté la présidente et son gouvernement honnis, c’est bien le petit peuple qui risque de payer les pots cassés. A moins que Messi et ses équipiers…

A Buenos Aires, «soit le gouvernement paie, soit il décide d’entrer en cessation de paiements»