C'est le budget 2002, présenté mardi par le ministre de l'Economie, Domingo Cavallo, désormais démissionnaire, qui a mis le feu aux poudres. En baisse de près de 20% par rapport aux dépenses publiques de 2001, il s'établit à 39,5 contre 48,7 milliards de dollars. La baisse de 9 milliards toucherait notamment les salaires et les rentes des fonctionnaires, amputés déjà cette année de 13%. Mais elle est l'une des conditions du Fonds monétaire internationale (FMI) à la reprise son programme de prêts à l‘Argentine. C'est que la deuxième puissance sud-américaine, derrière le Brésil, et dix-septième économie mondiale, est tout simplement en faillite. Début décembre en effet, le Fonds a refusé de débloquer une tranche de crédit qui aurait permis au pays d'honorer ses créances du mois, et a conditionné tout nouveau versement à la présentation d'un budget sévère avec un déficit zéro et une provision pour pouvoir rembourser sa dette extérieure. «Eliminer les dépenses superflues, c'est ce que demandent les gens pour que la réduction des dépenses ne retombe pas toujours sur ceux qui ont le moins», a tenté de convaincre Domingo Cavallo, soulignant la nécessité de couper les dépenses dans la fonction publique.

L'Argentine est malade depuis bientôt vingt ans. Le FMI a fait le diagnostique et lui a prescrit plusieurs programmes d'ajustement structurel (PAS) contre des crédits massifs. Année après année, le pays s'enfonce dans l'endettement, non seulement vis-à-vis des institutions de Brettons Wood mais aussi auprès des bailleurs des fonds bilatéraux et des banques privées, nationales et étrangères. Aujourd'hui, l'ardoise s'élève à 134 milliards de dollars et, selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), rien que le service de la dette représente chaque année 75% des recettes des exportations des biens et des services. Depuis début 2001, le FMI a avancé 20 milliards de dollars et a négocié encore un nouveau PAS en septembre contre 8 milliards de dollars. C'est parce qu'il est insatisfait de l'application de ce programme que le Fonds a bloqué la tranche due début décembre et a exigé un budget d'austérité.

Pour les Argentins, la pilule est plus qu'amère à avaler, d'autant plus qu'ils font des sacrifices depuis bien longtemps. Parmi les toutes dernières mesures, en novembre, le gouvernement a repoussé d'une semaine le paiement des retraites de 1,4 million de personnes, par manque de trésorerie. Le report de ce versement, estimé à 1,3 milliard de dollars, a été annoncé quelques jours avant l'échéance de remboursement une créance d'environ 1,1 milliard de dollars. Par ailleurs, dans une tentative de limiter les dépenses des ménages, l'Etat a limité le retrait bancaire à 1000 dollars par mois et par habitant. La même somme est permise en cas de voyage à l'étranger. A la veille de l'entrée en vigueur de cette décision, c'est-à-dire le 30 novembre, les Argentins ont retiré 1,3 milliard de dollars, fragilisant sérieusement le secteur bancaire. Tout l'argent n'a pas été dépensé: les ventes au détail ont chuté de 80% pendant la première semaine du mois par rapport à la même période l'année dernière.

Le gouvernement a aussi espéré accroître ses revenus en mettant fin aux exemptions fiscales accordées aux entreprises pour près de 4,5 milliards de dollars. L'Etat a également annoncé qu'il aurait recours à des emprunts à l'étranger à un taux d'intérêt très favorable. L'opération est d'ores et déjà compromise: jeudi, les agences de cotation ont baissé la note pour l'Argentine au niveau de «cessation de paiement».