En 1902, le Venezuela décide de ne plus rembourser sa dette. Des navires de guerre allemands, britanniques et italiens assiègent ses ports jusqu'à ce que les autorités capitulent. En 1881, lorsque l'Empire ottoman se déclare incapable de payer ses créances, les puissances européennes saisissent ses bureaux de douane et se servent dans les caisses. Mais lorsque le gouvernement argentin se met en cessation de paiement de sa dette de 81 milliards de dollars en décembre 2001, les 500 000 créanciers n'ont eu d'autre choix que d'accepter un remboursement partiel de seulement 30%.

The Economist raconte ainsi l'histoire de la restructuration de la dette argentine, qui s'est achevée le 25 février. L'hebdomadaire britannique fait remarquer qu'après toutes sortes de menaces les détenteurs d'obligations, locaux et internationaux, ont fini par accepter les conditions imposées. Le président argentin Nestor Kirchner s'est même vanté du succès de l'opération, avec un taux d'adhésion de 76%. La valeur de dette restructurée, y compris les intérêts, se monte désormais à 120 milliards de dollars, contre 188 milliards au départ. De nouvelles obligations qui remplaceront les anciennes arriveront à maturité après l'an 2038.

Le ministre argentin des Finances, Roberto Lavagna, se trouve ce week-end à Washington pour renouer le dialogue avec le Fonds monétaire international (FMI). Le gendarme de la finance mondiale devrait en principe avaliser la restructuration. Il devrait toutefois insister pour qu'une solution acceptable soit trouvée pour les investisseurs ayant refusé l'offre argentine. Ces derniers détiennent 20 milliards de dollars d'obligations. Buenos Aires a exclu tout geste en leur faveur. Les titres se négociaient vendredi au-dessous de 30% de leur valeur initiale.

Les investisseurs veulent maintenant tirer des leçons de cette restructuration qui leur a été «imposée le couteau sous la gorge».

Crédibilité en jeu

«C'est un grand pays émergent qui a imposé ses règles et qui n'a pas transigé sur son offre de départ», explique Thierry Gay-Deslarzes, fondé de pouvoir chez Bridport, courtier en obligations à Genève. Ils constatent avec une certaine inquiétude que le FMI n'a rien pu faire face à un Etat décidé à ne pas respecter ses obligations. Thierry Gay-Deslarzes ajoute que «les investisseurs ont la mémoire courte. Si l'Argentine devait se refinancer sur le marché obligataire – ce qui devrait certainement se produire –, ils n'hésiteront pas à en acheter. Ces gens ont besoin de rendements et ne laisseraient passer aucune opportunité.»

Dès lors, le cas argentin ne servirait-il pas d'exemple à d'autres pays pour se mettre en cessation de paiement afin de renégocier leur dette? La question se pose d'autant plus que de nombreux pays se trouvent actuellement dans des situations intenables. En juillet dernier, lors d'un sommet de l'Union africaine en Ethiopie, l'économiste américain et conseiller spécial du secrétaire général des Nations unies, Jeffrey Sachs, encourageait ouvertement l'Afrique à ne pas rembourser ses dettes. Thierry Gay-Deslarzes ne pense pas que l'Argentine va servir d'exemple: la plupart des Etats n'ont pas la même force économique.

«Les pays africains sont sans cesse en train de renégocier leur dette au sein du Club de Paris, fait remarquer Gail Hurley, économiste chez Eurodad, un réseau européen spécialisé dans la dette du tiers-monde. Se mettre en cessation de paiement et renégocier sa dette est une solution à court terme; elle permet de réduire le montant à rembourser pendant quelques années. A long terme, à moins qu'on soit un grand pays comme l'Argentine, il y a plus à perdre en terme de crédibilité auprès des bailleurs de fonds et des donateurs.»