L’intelligence artificielle s’infiltre désormais dans l’industrie cinématographique. Des logiciels peuvent prédire le succès ou non d’un film et les revenus qu’il va générer. C’est en tout cas ce qu’affirme la start-up lausannoise Largo Films, qui vient de recevoir un Innogrant, un soutien financier de 100 000 francs octroyé par l’EPFL et Lombard Odier.

Son cofondateur, Sami Arpa, présentera sa solution, dès vendredi, aux producteurs et à l’Office fédéral de la culture lors du Festival du Film de Locarno, qui a ouvert ses portes mercredi. Et dès septembre, il se rendra aux Etats-Unis pour entrer en contact avec les professionnels de la branche.

La start-up, fondée en début d’année, a analysé près de 20 000 films, dont elle a extrait les ingrédients qui les composent. Ce logiciel d’intelligence artificielle, nommé LargoAI, compare les nouveaux scénarios, scripts ou œuvres terminées avec la base de données qui a été constituée. «Chaque film possède un profil émotionnel. Pour que la recette soit bonne, il faut un pourcentage d’humour, de suspense, d’émotion, etc. Le succès dépend d’un bon dosage entre les différents ingrédients, affirme Sami Arpa, un ingénieur de l’EPFL. Notre logiciel pourra être utilisé aussi bien au moment de l’écriture qu’à la coupe finale. Le but est d’améliorer certaines séquences.»

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Deux cent mille acteurs profilés

La plupart des grands studios de cinéma font déjà appel à ce type de logiciel mais généralement uniquement lorsque le film est terminé. Cinelytic, à Los Angeles, est le spécialiste de la prédiction. Son logiciel propose de simuler un changement de casting et d’acteurs pour évaluer l’impact potentiel sur le box-office.

«Ils interviennent trop tardivement, estime Sami Arpa. En agissant plus tôt, nous pouvons vérifier le potentiel du film et agir en conséquence.» C’est-à-dire couper une scène, modifier le scénario ou trouver l’acteur qui correspond le mieux au profil recherché. Car Largo Films possède aussi une base de données contenant le profil de 200 000 acteurs.

Plusieurs études de cas

La start-up permet aussi de prédire si un script en développement doit ou non être approuvé par les producteurs. Elle a réalisé plusieurs études de cas pour évaluer les recettes brutes de certains films. «Pour Sony Entertainment, nous avons estimé les recettes du film Venom. Alors que le chiffre d’affaires réel aux Etats-Unis s’élevait à 213 millions de dollars, LargoAI prévoyait 201 millions de dollars», ajoute Sami Arpa. 

Autre exemple, le film italien Domani è un altro giorno, un long métrage réalisé par Simone Spada. Les producteurs ont demandé à LargoAI d’estimer les revenus avant la sortie de leur film. «L’analyse du scénario prédisait un chiffre d’affaires au box-office italien estimé entre 1,6 et 3,9 millions d’euros. Cette estimation s’est révélée exacte, malgré un ralentissement imprévisible du marché du film italien au premier trimestre de 2019.»

Quant aux cinéastes indépendants, Sami Arpa pense aussi les aider à mieux cibler les festivals. Mais Eddy Mitchell aurait, lui, peut-être chanté: «C’était la dernière séance.»