Innovation

L’Arizona se rêve en alternative à la Silicon Valley

La région de Phoenix offre un coût de la vie bien inférieur à la Californie voisine, alors que les pouvoirs publics locaux sont avides d’attirer les grands noms de la tech

Le ciel est gris au-dessus du Capitole mais le gouverneur de l’Arizona ne porte qu’une chemise. Même un 23 décembre, le mercure ne descend jamais très bas à Phœnix. Le climat clément a de quoi séduire, mais en cette fin d’année 2016, Doug Doucey met en avant un autre atout de l’Etat qu’il dirige.

Devant un poids lourd transportant sur sa remorque trois SUV siglés Uber, le leader de l’Arizona souhaite la bienvenue à la start-up de San Francisco qui vient tester ses véhicules sans chauffeur.

A bras ouverts

«Le message aujourd’hui, c’est que l’Arizona est ouvert au monde des affaires, déclare alors le gouverneur. Nous accueillons cette technologie à bras ouverts. Nous ne la mettons pas dehors. Nous ne détournons pas de ces opportunités.»

L’allusion à la Californie voisine est claire. Quelques semaines plus tôt, Uber avait dû cesser ses essais à San Francisco à la suite d'un désaccord sur les permis nécessaires.

Si la start-up n’emmène dans ses bagages qu’une vingtaine de voitures, symboliquement, c’est un autre grand nom qui met un pied dans la «Valley». La région de Phoenix est plus connue pour ses terrains de golf et ses retraités que comme terre d’accueil de la tech. Pourtant, le secteur, en pleine croissance, emploie plus de 100 000 personnes avec la bénédiction des pouvoirs publics.

Apple veut investir deux milliards de dollars

«La technologie domine l’économie de l’Arizona actuellement», annonce même Steve G. Zylstra, président de l’Arizona Technology Council et figure incontournable du secteur.

Apple prévoit d’investir deux milliards de dollars dans son data center déjà installé à Mesa, dans la banlieue de Phoenix. L’opération pourrait créer de 300 à 500 emplois. Intel, Yelp, Weebly, DoubleDutch ont tous des bureaux dans la région.

A Tucson, l’autre grande ville de l’Arizona, l’ancien président mexicain Vicente Fox a monté un incubateur en partenariat avec des entreprises locales pour accompagner des start-up de son pays avant leur entrée sur le marché mondial.

Kudelski y a installé son QG américain

Même le Suisse Kudelski a fait le choix d’ouvrir près de Phoenix son quartier général américain l’an dernier. Après avoir songé à San Francisco, le spécialiste de la sécurité numérique a opté pour la «Valley».

«En Arizona, les structures de coûts sont plus compétitives», explique au magazine «Bilan» André Kudelski, le président du groupe. «C’est le dernier Etat «continental» entré dans l’Union, une région neuve, un endroit pionnier qui offre encore du potentiel. Et il se trouve à environ une heure et demie d'avion des principaux endroits qui comptent pour nous, la Silicon Valley, Los Angeles, Denver, Dallas», précise-t-il.

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D’après Moody’s, les salaires, les impôts et les coûts de l’énergie à Phoenix sont 25% plus bas qu’à San Francisco. Et selon Zillow, le moteur de recherche de l’immobilier, le prix médian d’une maison dans les deux régions ferait réfléchir à deux fois n’importe quel salarié: 221 000 dollars à Phoenix contre 812 000 à San Francisco.

Plus de 40% d’économie par employé

JLL, un cabinet d’analyses spécialisé dans l’immobilier, estime qu’une entreprise de la Silicon Valley pourrait économiser annuellement jusqu’à 42% par employé en délocalisant dans l’Arizona.

Autant de forces qui font de la région de Phoenix-Mesa-Scottsdale la «ville remportant la bataille pour l’emploi dans le secteur de la technologie en dehors de la Silicon Valley» pour le magazine «Forbes».

«L’Arizona est en train de devenir le hub technologique le plus dynamique du pays avec des entreprises compétitives aux Etats-Unis et à l’international», assure Steve G. Zylstra, citant un crédit d’impôt sur le R&D et des universités réputées comme garanties supplémentaires d’une croissance durable.

Une limite: le manque d’investisseurs

Mais cette croissance reste limitée par deux contraintes majeures. La première est politique. Si les pouvoirs publics multiplient les initiatives pour attirer les start-up de San Francisco, le conservatisme de l’Etat, solide bastion républicain où le port d’armes en public est légal par exemple, peut poser problème à la libérale Silicon Valley.

La deuxième est économique. «Ce qu’il nous manque pour concurrencer la Californie est simple, analyse Zylstra. L’Arizona a besoin de plus d’investisseurs, en particulier locaux. La prochaine étape est de trouver plus d’investisseurs providentiels pour financer les start-up mais aussi plus de capital pour les entreprises en croissance.»

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