La pression pour défendre le taux plancher est-elle devenue insoutenable alors que les craintes sur une sortie de la Grèce de l’euro augmentent? Selon les dernières statistiques hebdomadaires dévoilées mardi, les avoirs en compte de virement des banques auprès de la Banque nationale suisse (BNS) ont gonflé la semaine dernière, passant de 154,9 milliards de francs le 18 mai à 171,6 milliards vendredi. C’est peut-être un signe que l’institution est intervenue en rachetant des euros, avancent des analystes.

D’autres mesures pourraient s’avérer utiles à la BNS. Thomas Jordan déclarait dimanche dans la SonntagsZeitung qu’un groupe de travail réfléchissait à certains outils pour soulager les pressions sur le franc: «L’une des mesures envisageables serait un contrôle des capitaux», expliquait le numéro un de l’institution. Le même jour, un article du SonntagsBlick rapportait que plusieurs banques, dont les banques cantonales de Zurich et de Berne, et une filiale de Credit Suisse, Neue Aargauer Bank, se seraient déjà préparées à la mise en place d’un taux d’intérêt négatif pour freiner les ardeurs de clients étrangers intéressés à placer leur fortune en francs. Cela signifierait que des non-résidents devraient s’acquitter d’une taxe pour détenir la monnaie suisse.

Jusqu’à 10% par trimestre

UBS fait partie de ces établissements. Mardi, la banque a confirmé au Temps s’être posé la question de savoir si elle pouvait, techniquement, mettre en place des taux d’intérêt négatifs si cela devenait nécessaire. La demande ne vient pas des autorités, a expliqué la banque. Contacté hier, Pictet a expliqué s’être spontanément demandé, dès août 2011, si la banque était en mesure d’appliquer des taux négatifs – ce qui est effectivement le cas, selon elle. Interrogée sur une concertation avec les banques, la BNS ne commente pas.

«Les taux négatifs sont un moyen d’appliquer un contrôle des capitaux», souligne l’économiste Jean-Pierre Béguelin. Des taux négatifs ont été mis en place à deux reprises dans les années 1970, d’abord à des niveaux faibles pour arriver à un montant de 10% par trimestre. Reste à aborder un problème qui se posait moins il y a une quarantaine d’années: comment mettre en place ces contrôles dans les banques à l’étranger. C’est la raison pour laquelle l’Association suisse des banquiers, citée par l’hebdomadaire zurichois, estime que cette mesure est inutile. Devant les difficultés à instaurer une telle mesure, Jean-Pierre Béguelin assure que «si la BNS s’y résout, c’est un moyen de dernier ressort».

D’autres outils de contrôle des capitaux peuvent être utilisés, comme une limitation des transactions ou des émissions obligataires en francs, poursuit Jean-Pierre Béguelin. Difficile de juger si les mesures prises dans les années 1970 ont eu un effet. «C’était plus facile lorsque les taux de change étaient fixes – avant 1973 –, et à court terme, car les effets de ce genre d’interventions tendent à s’estomper», explique-t-il.