L'économie argentine reprend son souffle. La nomination du nouveau ministre de l'Economie, Ricardo Lopez Murphy, à la place de José Luis Machinea a mis fin à la crise politique du pays. Il n'en fallait pas moins pour redonner un coup de fouet aux marchés financiers argentins. La Bourse de Buenos Aires a salué lundi la nomination du ministre de l'Economie par un bond de 8,10% de l'indice MerVal. Les opérateurs parlent même d'une véritable frénésie. Autre bonne nouvelle, ce rebond a été accompagné par une évolution favorable du marché de la dette. En quelques heures, le «risque pays» de l'Argentine, qui mesure la solvabilité de la deuxième économie d'Amérique latine, a fortement baissé pour passer très rapidement de 7,8% à 7,24%. Le vote de confiance des marchés est clair. Du coup, une lueur d'espoir a permis de pallier la morosité de ces derniers mois.

Les premiers signes étaient perceptibles vendredi déjà. Alors que les premières rumeurs de la démission de José Luis Machinea étaient connues de tous les opérateurs, le MerVal était brusquement parti à la hausse (+2,09%) en fin de semaine. Cette bouffée d'air frais bienvenue est liée à la personnalité et au parcours de Ricardo Lopez Murphy, qui est connu pour sa rigueur monétaire. L'arrivée du nouveau ministre, qui défend une politique conservatrice, a envoyé un message de discipline fiscale à tous les acteurs économiques. Les analystes relèvent toutefois qu'il leur faut encore voir les cartes avancées par le nouveau ministre pour revitaliser l'économie et gagner la confiance des consommateurs argentins, qui s'est effritée depuis quelques mois. Il n'empêche que la candidature de Ricardo Lopez Murphy était soutenue par les milieux d'affaires de Buenos Aires et par l'Association des banques argentines (ABA). A l'étranger, il a les faveurs du Fonds monétaire international (FMI) qui, par la voix de Stanley Fischer, numéro deux de l'institution de Bretton Woods, lui a fait part de son soutien lors d'une conversation téléphonique. De son côté, Merrill Lynch a tout de suite recommandé l'achat de titres cotés à la Bourse de Buenos Aires.

Selon le principal journal argentin, El Clarin, le nouveau ministre a discuté plus de quatre heures avec le président argentin, Fernando de la Rua, avant d'accepter le poste. Ricardo Lopez Murphy voulait s'assurer que la politique monétaire qu'il préconise ne soit pas gelée par le parlement. En effet, si le plan d'infrastructure qu'il propose est accepté par bon nombre de parlementaires et par les milieux économiques, il n'en va pas de même pour le volet qui vise à réduire la masse salariale des fonctionnaires. «Lopez Murphy ne peut pas faire un ajustement monétaire sur le dos du peuple», a déclaré l'ex-président Alex Alfonsin dans une intervention à la télévision.

Premier emprunteur d'Amérique latine

Les premiers symptômes de la crise argentine ont été perçus en 1998. L'économie dollarisée dépend fortement des marchés internationaux des capitaux pour financer une dette estimée à 155 milliards de dollars en décembre 2000. Jusqu'à maintenant, le pays avait utilisé les recettes extraordinaires provenant de la privatisation de nombreux pans de son économie. Mais la combustion des recettes était telle qu'une fois ce mouvement de libéralisation achevé, l'Etat argentin a dû emprunter à tout-va sur le marché international des capitaux. Entièrement dépendant de ces flux financiers, le pays est aussi devenu le premier emprunteur d'Amérique latine, détrônant ainsi le Brésil. Considéré comme un marché émergent fragile et malgré la distance géographique, l'Argentine a dernièrement encaissé, par effet de domino, la crise financière turque. Il était temps que la confiance revienne.