Les 26 et 27 février, 200 responsables politiques, hommes d'affaires et chercheurs de 25 pays asiatiques doivent adopter le texte fondateur de ce qui est d'ores et déjà présenté comme le Forum de Davos de l'Asie. A l'exemple de son modèle helvétique, la réunion se tiendra dans un village touristique de l'île subtropicale chinoise de Hainan: Boao. «Nous voulons aborder les thèmes de la globalisation économique dans une perspective asiatique», explique le Malais Tan Sri Ajit Singh, qui devrait être élu secrétaire général du «Forum de Boao pour l'Asie» lors de son inauguration.

Première session en 2002

L'idée d'un tel rassemblement s'est imposée à la suite de la crise asiatique, en 1998. Les difficultés financières de la région ont démontré le manque de cohésion, de synergie et d'intégration économiques de l'Asie. Les responsables politiques du Japon, des Philippines et d'Australie d'alors ont décidé de combler ce vide. «Nous avons réalisé que le temps était venu pour nous de nous réunir, car tous les problèmes de l'Asie ne sont pas discutés à Davos», poursuit Tan Sri Ajit Singh.

Séduite, la Chine a proposé d'offrir une infrastructure au projet et la zone économique spéciale de Hainan, au cœur de l'Asie orientale, a été retenue. Une première réunion préparatoire s'est tenue en novembre dernier à Boao, dont les résultats doivent être formalisés ce mois-ci. Le premier véritable forum sera pour 2002.

Contrairement à la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) ou à l'Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN), Boao sera une organisation non gouvernementale et surtout dépassera les frontières régionales habituelles. «Pour la première fois de l'histoire, des pays de l'Asie de l'Est, du Sud et du Centre vont enfin discuter dans un même cadre», souligne encore le Malais. La Russie n'est pas associée pour l'instant. Mais toutes les entreprises privées ayant une activité en Asie sont les bienvenues. Ce sont leurs contributions et les droits d'entrée à la convention qui financeront le forum. Un centre de recherche de cinq personnes sera créé pour gérer l'information déjà existante et établir un réseau de compétences.

Lors de la réunion préparatoire du mois de novembre, les participants ont notamment insisté sur la nécessité de créer un contrepoids asiatique à la domination de l'Union européenne et de la zone de libre-échange nord-américaine. L'un des membres du groupe d'experts, Mansoor Mamoon, voit dans ce forum la possibilité d'un «réveil de l'Asie» et l'affirmation des «valeurs asiatiques» pour devenir le centre de gravité économique mondial. «Si l'Asie peut effectuer avec succès son intégration économique et commerciale, le nouveau siècle lui appartiendra, écrit-il dans le Daily Star, un journal du Bangladesh. Le Forum de Boao a été désigné pour atteindre ce but.»

Tan Sri Ajit Singh préfère pour sa part parler de dialogue. Il compte à ce propos associer largement le point de vue des organisations antimondialisation dans les débats du forum.