Lorsque Marc Faber le dit, cela passe rarement inaperçu. Alors que Wall Street est en ébullition, il faut se tourner vers l’Asie, estime le gourou suisse, qui a fait de ce continent son terrain d’investissement. L’euphorie risque de retomber outre-Atlantique. Et quand elle retombera, ce sera violent: «Quand les ventes commenceront, elles déclencheront une avalanche», a-t-il expliqué sur CNBC.

Entre 2011 et mi-2016, les investisseurs pouvaient très bien se passer de l’Asie émergente, tant ces marchés étaient décevants, ajoute Raymond Hêche, un Genevois qui a fondé la société de gestion hongkongaise Nivalis. Mais «depuis six mois, cela va mieux. La région surperforme les marchés développés, tandis que de plus en plus d’investisseurs s’inquiètent du risque de bulle en particulier à Wall Street.»

L’indice MSCI des marchés émergents a ainsi gagné près de 8% depuis janvier, après avoir souffert de sorties de fonds dans le sillage de la victoire de Donald Trump. Malgré cette hausse, les places boursières émergentes restent bon marché. Selon l’indice Case-Shiller, qui mesure les bulles sur les bourses en calculant le ratio des prix des actifs sur leurs bénéfices moyens des dix dernières années, les marchés émergents s’échangent à 12x, contre une moyenne de 17x et un pic historique à 35x, rappelle le Financial Times.

Si la Chine représente une grande partie des investissements dans l’Asie émergente, d’autres pays offrent des perspectives intéressantes et peuvent servir pour diversifier les portefeuilles. Exemples.

Lire aussi: Des années de hausse pour les émergents?

L’Inde, seule vraie alternative à la Chine

A en croire Raymond Hêche, le plus grand atout de l’Inde est… «de ne pas être la Chine». Tous les autres pays de l’Asie émergente comptent la Chine comme premier partenaire commercial. Pour qui voudrait investir dans l’Asie émergente tout en restant décorrélé de la Chine, le sous-continent est l’unique option. «Pour tous les investisseurs qui sont négatifs sur la Chine ou qui ne savent pas quoi en penser, l’Inde est intéressante. Il y a une plus grande tradition de respect de l’actionnaire, une culture de l’investissement qui rassure», explique le spécialiste. Ce qui explique aussi que l’Inde soit toujours un peu plus chère que le reste du continent.

Autre argument pointé par les analystes, la victoire du BJP dans l’Uttar Pradesh, l’Etat le plus peuplé du pays, il y a dix jours. Avec ce nouveau message de confiance à l’égard de son parti, le premier ministre, Narendra Modi, a toujours plus de marge de manœuvre pour mener à bien ses réformes.

Signe que les marchés y croient aussi, la roupie indienne a atteint son plus haut en 15 mois dans le sillage des élections. La bourse de Bombay a, elle, gagné 10% depuis le début de l’année. Elle avait chuté en fin d’année dernière lorsque le retrait des grandes coupures avait provoqué une pénurie de billets de banques, des files d’attentes interminables devant les banques et une paralysie de l’économie.

«Une fois que les investisseurs ont réalisé que l’impact n’était pas aussi violent qu’imaginé, le marché s’est mis en mode rattrapage», a expliqué Sanjeev Prasad, coresponsable de Kotak Equities, dans le Financial Times. D’autant que la croissance au troisième trimestre est restée solide, à 7% selon les statistiques officielles. Même si beaucoup d’observateurs ont montré des doutes sur sur ce chiffre étonnamment élevé, il fait de l’Inde l’un des pays disposant de la croissance la plus forte du monde. Ce qui est d’autant plus réjouissant que la progression vient de pratiquement tous les segments de l’économie, a souligné dans une note Kunal Desai, responsable des actions indiennes à la société de gestion Neptune.

Il reste cependant des écueils: «Les banques doivent toujours être recapitalisées, il y a trop de crédits douteux», nuance Raymond Hêche. Qui ajoute: «Cela fait deux ans qu’on dit la même chose: on attend le redémarrage du secteur privé, mais il ne se produit toujours pas. Les bénéfices des entreprises ne décollent pas.»

La Corée et Taïwan, si…

La Corée du Sud reste un pays intéressant pour les investisseurs. A une condition: que l’embellie du commerce mondial continue, car le pays en dépend fortement. Près de la moitié de son produit intérieur brut vient des exportations (dont 40% en direction de la Chine et des Etats-Unis). Un refroidissement des échanges mondiaux se répercuterait rapidement sur le pays, qui est déjà au milieu des tensions entre la Chine, la Corée du Nord et les Etats-Unis. Pour faire pression sur Séoul, contre l’installation d’un dispositif américain antimissile sur son territoire, Pékin a par exemple imposé des restrictions sur les voyages en Corée du Sud, une mesure d’autant plus sensible que les voyageurs chinois représentent la moitié du tourisme étranger dans ce pays, poursuit Raymond Hêche.

Dans la même veine, Taïwan dépend beaucoup du commerce mondial et encore plus du continent, dont sa croissance dépend, et se trouverait aux premières loges en cas de tensions directes entre les Etats-Unis et la Chine.

L’immobilier à Singapour ou l’aviation en Malaisie

Singapour offre une «semi-alternative» à la Chine, reprend l’expert de Nivalis, même si le marché est relativement petit. «Pendant trois ans, le gouvernement a pris des mesures pour faire baisser les loyers et empêcher la spéculation immobilière. Il vient d’assouplir ces mesures et, du coup, beaucoup d’investisseurs se disent que les sociétés cotées qui sont actives dans le marché de la pierre deviennent intéressantes», explique-t-il. D’autant qu’elles s’échangent à un prix historiquement faible.

Enfin, «la Malaisie a été largement rayée des tablettes ces derniers mois, surtout à cause de l’affaire 1MDB et du scandale de corruption qui en découle», ajoute Raymond Hêche. Pourtant, «en rachetant pour 4 milliards de dollars d’actifs du fonds souverain malaisien en difficulté, les Chinois ont sauvé la mise du premier ministre», poursuit-il. Les investisseurs reviennent donc, d’autant que la monnaie malaisienne, le ringgit, est «extraordinairement faible et bon marché». Le spécialiste recommande AirAsia, qui surfe sur le développement des voyages low cost dans la région la plus peuplée du monde. Avec des filiales en Thaïlande, en Indonésie, aux Philippines et au Japon, le groupe est très bien géré. Le conglomérat Sime Darby est un autre exemple.