La conférence de presse finale du sommet Asie-Europe (ASEM), samedi à Pékin, a résumé les débats entre les 27 et leurs partenaires asiatiques: à côté du premier ministre chinois, Wen Jiabao, Nicolas Sarkozy a attendu pendant plus de vingt minutes que son hôte achève son interminable exposé et promette de jouer une «part active» dans la réunion du G20 sur la crise financière, le 15 novembre à Washington.

La «revanche» de l'Asie

Pas de place, donc, pour l'improvisation. Et pour cause: si les 43 pays présents à Pékin ont affirmé leur désir «d'entreprendre une réforme réelle et de fond des systèmes internationaux monétaire et financier» et de voir le FMI «jouer un rôle accru dans l'assistance aux pays sérieusement touchés par la crise, à la demande de ces derniers», leurs analyses, en coulisses, demeurent éloignées.

A l'image de la Chine, la plupart des pays d'Asie estiment que cette crise venue d'Occident va les pénaliser injustement. La Chine a ainsi annoncé que la croissance de son PIB trimestriel avait atteint son plus bas niveau depuis 2003, et le chef du gouvernement indien a admis se préparer à un «ralentissement temporaire». Certains, en Corée du Sud et en Asie du Sud-Est, parlent même de «revanche» après la crise financière asiatique de 1997 qui les avait conduits à accepter, humiliés, l'assistance du FMI.

L'inquiétude perce aussi dans les places financières, comme Hongkong ou Singapour, assises sur la colossale épargne des pays d'Extrême-Orient et peu désireuses de voir Européens et Américains défendre des régulations financières qui, demain, pourraient pénaliser les flux de capitaux vers l'Asie. «La question n'est pas d'aller au G20 de Washington, mais d'y être entendus», lâche un diplomate indien.

Même si cela ne transparaît pas dans les conclusions de l'ASEM, les dirigeants européens se sont redits pour leur part préoccupés par le système bancaire chinois, où les banques d'Etat sont criblées de mauvaises créances. Ils ont aussi entendu avec satisfaction le premier ministre japonais, Taro Aso, dont le gouvernement s'est dit prêt à injecter jusqu'à 10000 milliards de yens (110 milliards de dollars) dans les banques de l'Archipel.

Grand marchandage

«Les contours d'un grand marchandage vont se préciser d'ici le prochain sommet UE-Chine, les 24 et 25 novembre à Lyon, juge un fonctionnaire européen; l'UE et les Etats-Unis laisseront ouvertes les portes de leurs marchés si l'Asie vient à la rescousse de leur système financier.» Une demande accueillie diversement en Asie, où l'on se souvient qu'en 1997-1998, les firmes occidentales s'étaient ruées sans vergogne en Extrême-Orient pour racheter à bas prix les actifs dépréciés. La question des parités monétaires et le niveau trop bas du yuan chinois par rapport à l'euro restent des écueils sérieux.

Autre désaccord évacué à Pékin: celui sur le climat. Malgré l'appel du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, pour que «la crise financière ne repousse pas nos engagements en matière de lutte contre le changement climatique», et l'adoption d'une déclaration commune sur le développement durable, la perspective d'une bataille climatique a pesé sur l'ASEM. L'UE, qui doit adopter en décembre son plan ambitieux visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre de ses 27 membres de 20%, exigera sans doute en contrepartie des efforts importants de ses partenaires. L'idée d'une «taxe carbone» sur les produits fabriqués dans les pays pollueurs a la cote à Bruxelles. Or les géants économiques chinois et indiens refusent toujours d'adopter des objectifs contraignants pour le futur accord post-Kyoto.