Economie

L'Asie doit se doter d'urgence d'un nouveau contrat social, prévient le BIT

Crise asiatique. L'assurance chômage n'existe pas dans de nombreux pays asiatiques. Un économiste préconise de l'instaurer d'urgence et à peu de frais

Anesthésiés par deux décennies ininterrompues de plein emploi, les pays d'Asie de l'Est et du Sud-Est souffrent aujourd'hui d'un retard sérieux en matière de protection sociale. Le nombre des chômeurs ne cesse d'y augmenter et l'assurance chômage n'y existe pratiquement pas, s'inquiète Eddy Lee, économiste au Bureau international du travail (BIT) et auteur d'un rapport très alarmiste rendu public mercredi dernier. Les conséquences économiques et sociales sont plus graves que prévu et loin d'être enrayées. Selon les estimations gouvernementales, le taux de chômage est passé de 4,9% avant la crise à 15% aujourd'hui en Indonésie, de 2,2% à 6% en Thaïlande, de 1,8% à 4,5% à Singapour. Il devrait doubler d'ici la fin de l'année en Malaisie, pour atteindre 5,2%. Et, selon le BIT, ces chiffres déclarés ne reflètent que partiellement la réalité de travailleurs découragés. Aussi préconise-t-il des mesures d'urgence et une plus grande souplesse des autorités sur les possibles réformes, à commencer par l'instauration d'un système d'assurance chômage. «Il aurait suffi que les entreprises de plus de cinq employés instaurent un système de protection, aussi modeste soit-il, pour qu'une majorité de travailleurs licenciés bénéficient de l'assurance chômage», commente-t-il, sans comprendre pourquoi des pays tels que Singapour ou Hongkong, dont le PIB par habitant dépasse celui de pays de l'OCDE, ne sont toujours pas dotés d'un système d'assurance chômage. Très concrètement, une cotisation moyenne de 0,3 à 0,4% de la masse salariale entre 1991 et 2000 aurait permis d'assurer 12 mois de prestations chômage à tous les assurés licenciés durant cette période, estime l'économiste. Or à ce jour, seule la République de Corée accorde des allocations de chômage. Et de formuler un plan d'attaque. En Thaïlande par exemple, où le taux de chômage a triplé depuis l'éclatement de la crise, un taux de contribution de 2,5% en 2000, réduit à 0,6% sept ans plus tard, prouve que le plan de couverture sociale est abordable. En République de Corée, un travailleur sur vingt aurait perdu son emploi entre novembre 1997 et juillet 1998. Avec le BIT, Eddy Lee estime que 12% de la population y franchirait le seuil de pauvreté. En Indonésie, 40 millions de personnes supplémentaires deviendront pauvres cette année. Et les filets de sécurité traditionnels tels que les secteurs ruraux, ne permettent plus d'absorber ces nouveaux licenciés. L'embellie n'est donc pas pour demain, il faudra attendre, dans le meilleur des cas, le deuxième semestre 1999, projette Eddy Lee. Raison de plus pour faire de la protection sociale une priorité et renverser les arguments qui ont cours: poids trop élevé pour le budget de ces pays ou effet dissuasif pour les employeurs.

The Asian financial crisis: the challenge for social policy, Eddy Lee, Bureau international du travail, Genève, 1998, 98 pages, 20 francs.

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