L’Asie s’inquiète du coup de froid du commerce extérieur chinois

Les bourses asiatiques réagissent mal, ce matin, aux dernières statistiques chinoises montrant une très mauvaise performance du commerce extérieur de la deuxième puissance économique mondiale. La plupart des grandes places de la zone sont ainsi orientées à la baisse, à l’exception de Tokyo qui se réjouit-elle d’une légère dépréciation du yen face au dollar.

A Hongkong, l’indice Hang Seng était mesuré en recul de 0,43%, à la mi-journée, quand le Kospi de la bourse de Séoul perdait 0,3%. A Sydney, l’indice principal du marché, le S&P/ASX 200 Index, baissait de 0,6%. Pour toutes ces économies qui restent très dépendantes de la santé économique de la Chine, les données diffusées, hier, par Pékin semblent confirmer un ralentissement de la croissance du pays.

Le géant asiatique a bien dégagé sur le mois de janvier un excédent commercial record de 60 milliards de dollars. Mais il a surtout vu ses importations plonger à un rythme beaucoup plus rapide que ses exportations, laissant entrevoir un malaise de la demande en Chine. En glissement annuel, les importations, mesurées en valeur, ont diminué de 19,9% alors que les experts tablaient au maximum sur un affaissement de 3%.

Si le récent recul des prix de plusieurs matières premières amplifie et fausse la lecture de ces variations, les données en volumes montrent, elles, une baisse réelle des commandes pour nombre de produits alimentant traditionnellement l’industrie du pays. Ainsi, les importations de charbon ont plongé de 53% quand le volume de pétrole brut entrant dans le pays baissait de 0,6%. Les entrées d’aluminium, calculées en tonnes, ont été divisées par deux entre janvier 2015 et janvier 2014. Celles de cuivre ont perdu 22,7%. Le pays a encore diminué de 9,4% ses achats d’acier à l’étranger.

Etonnés par la sévérité de ces reculs, les analystes s’interrogent, ce matin, sur la réaction des autorités de Pékin qui ont, pour l’instant, tenu un discours plutôt apaisant sur la qualité de l’activité sur leur territoire et refusé d’envisager un ralentissement brutal de la croissance. Le gouvernement ne devrait d’ailleurs qu’abaisser légèrement son objectif de croissance à 7% cette année. L’an dernier, le PIB chinois n’avait officiellement progressé que de 7,4%, soit son rythme le plus faible en 24 ans.

L’excédent courant japonais n’a jamais été si faible

Depuis qu’elles ont commencé à diffuser en 1985 des statistiques sur la balance des paiements courants de l’Archipel, les autorités nippones n’avaient jamais dévoilé de surplus aussi faible. Encaissant un recul de 18%, l’excédent de cette balance, qui tient compte de l’ensemble des échanges de marchandises, de services mais aussi des mouvements financiers entre une nation et les autres pays, n’a atteint, sur l’ensemble de 2014, que 2626,6 milliards de yens (19,5 milliards d’euros au cours actuel), soit 607,7 milliards de yens de moins que celui enregistré un an plus tôt.

Une fois encore, c’est le large déficit commercial du pays qui pèse sur l’ensemble de la balance. Les importations continuant de progresser plus vite, en valeur, que les exportations, il a atteint l’an dernier 10 364 milliards de yens soit 77 milliards d’euros. Le niveau élevé des importations japonaises est en grande partie lié à la dépréciation continue du yen face au dollar qui renchérit automatiquement la facture des achats, à l’étranger, de ressources énergétiques pour alimenter les centrales électriques conventionnelles de l’Archipel.

Ainsi, le Japon a vu, l’an dernier, ses achats de gaz naturel progresser de seulement 1,2% en volumes mais ces commandes lui ont coûté 11,2% plus cher. Pour réussir à dégager tout de même un excédent courant, le Japon a pu compter sur les larges rendements des investissements nippons à l’étranger. Ce compte des revenus a affiché, sur un an, un solde positif de 18 071 milliards de yens, soit 134,3 milliards d’euros.

La Chine face à un nouveau dilemme monétaire

Comment piloter le taux de change de la Chine? La question tourne au casse-tête pour les autorités chinoises, prises entre deux pressions contradictoires. Comme le relevait l’agence Bloomberg en fin de semaine dernière, les traders sont de plus en plus nombreux à parier sur une dépréciation du yuan. D’après ses calculs, la différence entre la proportion de ceux qui anticipent une baisse et ceux qui croient au scénario opposé n’a jamais été aussi élevée depuis début 2009, période où le pays avait pris de plein fouet l’arrêt brutal du commerce international.

Cette hypothèse semble crédible, car la Chine affronte actuellement, comme le confirment les dernières statistiques sur son commerce extérieur, un coup de frein économique de plus en plus prononcé. Or sa marge de manœuvre interne est limitée du fait que l’essentiel du ralentissement actuel est dû à des surproductions antérieures. La demande chinoise ne peut donc pas redémarrer subitement, et les mesures monétaires prises par la Banque centrale peinent à produire des effets tangibles. Il pourrait donc être tentant pour Pékin de déprécier sa monnaie, afin de donner un coup de fouet à sa compétitivité pour dynamiser ses exportations.

D’après des informations de presse convergentes, certains stratèges pékinois envisageraient de plus en plus ce scénario. Le problème est qu’au même moment, un autre phénomène incite, au contraire, à ne pas déprécier le yuan. Alors que l’économie chinoise a longtemps attiré à elle les capitaux, elle a accusé, au cours du dernier trimestre 2014, une fuite de capitaux de 91 milliards de dollars, un record depuis que cette statistique existe, c’est-à-dire depuis 1998.

Cette fuite des capitaux traduit au moins en partie une défiance nouvelle de la part des investisseurs, et en particulier de la part de tous ceux qui ont parié, jusqu’à présent, sur l’inexorable appréciation de la devise chinoise. Pékin, au cours des derniers jours, a donc veillé à pousser sa monnaie à la hausse, car il est impératif d’envoyer un message rassurant aux investisseurs tentés par la porte de sortie. Entre l’impératif de rassurer les milieux financiers et celui de donner un coup de fouet à son PIB, la voie semble plus étroite que jamais.