20 ans

L’asset management? Encore inconnu il y a vingt ans

Dans les années 1990, les banques distinguaient entre deux segments de clients, les privés et les entreprises. L’émergence de «l’institutionnel» et des caisses de pension, des ETF et de BlackRock est arrivée très récemment

Le Temps fête ses 20 ans cette année. Né le 18 mars 1998, il est issu de la fusion du Journal de Genève et Gazette de Lausanne et du Nouveau quotidien. Nous saisissons l’occasion de cet anniversaire pour revenir sur ces 20 années, et imaginer quelques grandes pistes pour les 20 suivantes.

Tout a changé, ou presque, en vingt ans dans la gestion d’actifs. «L’asset management existait à peine en Suisse il y a vingt ans», déclare Markus Fuchs, directeur de la Swiss Funds & Asset Management Association (Sfama). A l’époque, les banques distinguaient entre les clients privés et les clients entreprises. C’est précisément au milieu des années 1990 que les grandes banques se sont réorganisées en banque privée, banque d’investissement et gestion d’actifs.

Les ETF arrivent en 2000

De même, les ETF, ces fonds indiciels cotés, ne sont arrivés en Europe qu’en 2000. BlackRock, le plus grand gérant d’actifs du monde, premier actionnaire d’une entreprise sur cinq aux Etats-Unis, n’avait que 53 milliards d’actifs en 1994. Ils dépassent 6000 milliards de dollars actuellement, en partie grâce à sa société iShares, spécialisée dans les ETF, domaine dans lequel elle détient une part de marché de 27% sur le plan mondial. Le marché global de ces produits indiciels vient justement de dépasser les 5000 milliards. «Leur développement s’est surtout distingué de la moyenne après la crise financière. Leur volume atteignait à peine 710 milliards en 2008. A l’inverse, les hedge funds ont souffert de la crise et beaucoup de fonds actifs ont été pénalisés par leur difficulté à réaliser la surperformance promise aux investisseurs», constate Markus Fuchs.

La philosophie de gestion a également changé. Il y a vingt ans, la théorie moderne du portefeuille, élaborée par Harry Markowitz, régnait en maître dans la gestion, malgré ses hypothèses hautement discutables (efficience du marché, absence de coût de transaction, taux d’intérêt sans risque). «A l’époque, les placements alternatifs se limitaient dans une large mesure aux actions émergentes et aux small & mid caps», se souvient Markus Fuchs.

Aujourd'hui, un modèle sous pression

Aujourd’hui, le modèle de banque universelle est sous pression, du moins aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. L’asset management est de plus en plus l’affaire d’entreprises spécialisées, comme BlackRock d’ailleurs.

Il y a vingt ans, «les trois leaders du marché suisse étaient UBS, Credit Suisse et Swisscanto et ils le demeurent aujourd’hui. Mais la part de marché d’UBS est passée de 47% à 21%, celle de Credit Suisse de 21% à 16% et Swisscanto (y compris la ZKB aujourd’hui) demeure à 8%. Par contre, BlackRock, qui était encore absent de Suisse, arrive à 6% actuellement», indique Stefan Bichsel, directeur de la division Asset Management à la BCV. Ainsi, 75% du marché suisse appartenait à trois acteurs en 1998. Actuellement, ils sont quinze à se partager ce pourcentage.

Publicité