Le match à trois que se livrent les banques françaises BNP, Paribas et Société Générale a connu une nouvelle péripétie vendredi, au lendemain de la double surenchère de la BNP sur les deux autres banques. En effet, les cours des trois banques ont fortement baissé à la Bourse de Paris, terminant chacun sur une chute de l'ordre de 4%, les investisseurs se lassant d'une bataille dont ils ne voient pas la fin. Ainsi, l'action BNP a cédé 3,97% à 76,25 euros, l'action a reculé de 3,57% à 108 euros et l'action Société Générale a perdu 4,79% à 167 euros.

Bien que jeudi, le marché ait dans un premier temps réagi positivement à l'annonce de la surenchère, il a sanctionné la prolongation de la bataille. Ainsi, en deux séances, les capitalisations boursières des trois banques ont globalement diminué de 1,5 milliard d'euros. Selon les opérateurs, les investisseurs ont vendu par «lassitude» face à la complexité et au flou qui demeure sur le calendrier des offres. Du reste, l'intervention des pouvoirs publics dans un débat entre acteurs privés a été très mal accueillie par les investisseurs privés. D'ailleurs, en une semaine, les titres des trois banques ont globalement fondu de 11%, soit une perte pour les actionnaires de 6,5 milliards d'euros.

Complexité

Pourtant, les deux parties qui s'opposent restent aujourd'hui convaincues que leur projet est le meilleur et leurs dirigeants vont continuer à sillonner les places financières afin de s'assurer du soutien des investisseurs étrangers (qui détiennent plus de 45% du capital de chaque banque). Toutefois, Patrick Certner, de la société de Bourse Ferri-BBL, constate que «ce sont des ventes de lassitude». En effet, a-t-il ajouté, «les gens n'y comprennent plus grand-chose car les offres deviennent de plus en plus complexes et le calendrier n'est pas encore clair». En raison des divers rebondissements, la fixation d'un calendrier pour le déroulement des opérations boursières a été retardée. Mais tant les opérateurs que les acteurs espèrent que la bataille puisse se terminer fin juillet. Michel Pébereau, le patron de la BNP, a déclaré vendredi matin sur Europe 1 qu'«il serait souhaitable que les choses puissent se terminer avant août».

Au-delà, le marché s'attend à une réaction de la Société Générale après la surenchère de la BNP. Toutefois, si certains analystes parient sur une surenchère boursière d'autres, par contre, s'attendent à ce que la Société Générale tisse une toile d'actionnaires étrangers «amis», à l'image de la récente montée de la banque espagnole BSCH à hauteur de 3% dans son capital. Pour Daniel Davies, analyste chez Robert Fleming, «il n'est pas impossible pour la Société Générale de surenchérir, mais elle devra réfléchir fort et longtemps pour trouver une parade».

D'autres analystes, par contre, relativisent les mouvements de titres, qui soulignent avant tout la prudence des investisseurs même si une préférence «pour le projet industriel de la BNP semble se dessiner». Enfin, un courtier estimait possible que les investisseurs institutionnels se dégagent momentanément du dossier des trois banques pour consacrer des liquidités, jeudi prochain, à l'entrée en Bourse du Crédit Lyonnais.