Économie

L’assurance chômage française à l'aube d’une révolution

Le gouvernement français assume sa volonté de contrôler davantage les chômeurs. Emmanuel Macron l’a redit cette semaine alors que la polémique commence à poindre après la publication d’une note confidentielle du Ministère du travail

L’assurance chômage à la française vit-elle ses derniers mois? Non seulement généreuse et longue – 4 mois d’emploi salarié suffisent pour percevoir une indemnité moyenne de 70% de la rémunération, dont la durée maximale peut aller jusqu’à 24 mois – cette spécificité sociale hexagonale s’accompagne d’un contrôle relatif, que le gouvernement entend durcir. Une note du Ministère du travail révélée mercredi par Le Canard enchaîné a confirmé son désir de modifier ce système, conformément aux promesses de campagne d’Emmanuel Macron.

Alors qu’un début de polémique s’est aussitôt installé, alimenté par la gauche, le président français a assumé. «C’est normal, il n’y a rien de choquant. Il faut s’assurer que chacun recherche bien un emploi. S’il n’y a pas de rigueur, on ne peut pas faire avancer le pays», a répondu le chef de l’Etat, en vacances dans les Pyrénées. La veille, celui-ci avait répété au quotidien espagnol El Mundo qu’il se donnait 18 à 24 mois pour obtenir des résultats sur le front de l’emploi. Malgré une décrue du nombre des demandeurs d’emploi en 2017 et un retour au niveau de 2014, la France reste l’un des pays de l’Union européenne les plus touchés par le chômage.

Une révolution se prépare

Le document publié par Le Canard enchaîné esquisse des pistes qui seront soumises à la mi-février aux partenaires sociaux, dans le cadre des négociations sur la réforme de l’assurance chômage, gérée par une structure paritaire, l’Unedic, dont le déficit 2016 a atteint 4,2 milliards d’euros et dont la dette approche les 30 milliards. La principale piste est la possibilité d’exiger, dès 2018, que les chômeurs indemnisés remplissent un rapport mensuel sur leurs recherches d’emploi. Avec à la clé une possible diminution de moitié, voire une suspension temporaire de leurs allocations faute de démarches avérées.

Mais au-delà, c’est une révolution qui se prépare. Soucieux d’étendre l’assurance chômage aux indépendants non salariés, à travers un socle commun et des cotisations complémentaires individualisées (autre promesse du candidat Macron), le gouvernement français veut compléter la «transformation» amorcée avec les ordonnances de réforme du code du travail adoptées fin juillet: «La cohérence est de notre côté, plaide un haut fonctionnaire du Ministère du travail. La nature des emplois change. La pluriactivité augmente. Le nombre d’auto-entrepreneurs (un statut créé en 2008) approche le million et demi de personnes. Or le système actuel ne peut plus suivre financièrement.»

Débat public

Sur le fond, l’analyse des autorités françaises est pertinente. Une étude récente de la CFDT, devenue en 2017 le premier syndicat dans le secteur privé, montre que 74% des salariés réclament avant tout de «l’autonomie». Autre réalité: l’explosion du nombre de ruptures conventionnelles (départ négocié donnant droit aux allocations chômage), illustrée par le projet du groupe automobile Peugeot d’offrir bientôt cette possibilité collectivement à ses salariés. Problème, en revanche: stigmatiser les demandeurs d’emploi alors que la compétitivité laisse de côté des pans entiers de la population active et que les réformes du début de quinquennat sont pour la plupart perçues comme des cadeaux faits aux «riches».

Reste la forme. Avant la présentation des ordonnances au printemps, plusieurs fuites dans la presse avaient déjà permis à la ministre française du Travail, Muriel Pénicaud, de désamorcer le terrain, ouvrant un débat public et forçant les partenaires sociaux à faire des propositions. L’offensive sur l’assurance chômage, en pleine trêve de Noël, ressemble à un test identique.

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