Fintech

L’assurance entame sa révolution digitale

En observant les nouvelles start-up actives dans le domaine de l’assurance, on perçoit les signes avant-coureurs d’une transformation puissante avec pour maître mot l’individualisation des produits

Contrairement au secteur financier forcé de se réinventer, celui de l’assurance a été relativement protégé du changement. Certes, une première vague d’innovation commencée il y a 10 ans a causé d’importantes évolutions en surface: plus de transparence du marché en amont de la conclusion d’un contrat (plates-formes de comparaison telles que Comparis) et une plus grande simplicité dans la gestion de son portefeuille d’assurances. La start-up suisse Knip permet par exemple d’agréger toutes ses polices dans un seul endroit. Fluo, un service basé en France, donne une analyse détaillée de toutes les assurances déjà inclues dans les cartes bancaires afin d’éviter les couvertures superflues.

En observant les nouvelles start-up actives dans le domaine de l’assurance, on perçoit toutefois les signes avant-coureurs d’une transformation plus puissante. Les nouveaux arrivants s’attaquent au marché en profondeur et cherchent à développer de nouveaux modèles d’affaires. Un mot-clé ici est l’individualisation des produits. L’américain Metromile propose ainsi une assurance voiture au kilomètre et non au forfait: un système de géolocalisation analyse les déplacements et facture une prime correspondant à la distance parcourue à la fin de chaque course. L’assurance-maladie Oscar, à New York, encourage ses clients à se munir d’un bracelet connecté afin de capter leur activité. Ils reçoivent des conseils-santé personnalisés et une prime pour chaque séance de fitness détectée par le système. Dans le domaine de l’assurance-ménage enfin, Trōv permet de lister ses objets au moyen d’une «app» dédiée, de les estimer et de les assurer individuellement au lieu de convenir d’une somme d’assurance globale.

Autre moteur d’une mue à venir, les systèmes peer-to-peer, déjà appliqués à beaucoup d’autres domaines, marquent un retour aux sources du modèle de collectivisation des risques. En Allemagne par exemple, Friendsurance crée un pot commun entre assurés d’une même caisse afin de régler les petits dommages – permettant à tous les participants de bénéficier d’une prime pour non-sinistre. On peut imaginer que la première assurance basée entièrement sur un modèle de particuliers à particuliers n’est plus très loin.

Parmi les technologies encore émergentes, la Blockchain pourrait révolutionner la lutte contre la fraude dans le domaine des objets précieux. La société anglaise Everledger lance en ce moment un registre décentralisé répertoriant les diamants et compte s’étendre à d’autres domaines prochainement tels que l’art, les montres ou encore les sacs à main de marque, soit tous les objets dont la valeur est dépendante d’un certificat et de factures qui peuvent être perdus ou falsifiés.

Finalement, des facteurs externes liés au développement technologique vont avoir un impact important sur les assurances: avec les voitures autonomes par exemple, le risque lié à la conduite sera totalement indépendant du conducteur. Pourquoi ne pas imaginer dans ce cas un modèle où l’assurance est livrée avec le véhicule et inclue dans le prix de vente de ce dernier?

Les grands assureurs sont conscients de ces changements à venir et se positionnent en prenant des participations stratégiques grâce à des véhicules d’investissement dédiés, leur permettant d’intégrer progressivement de nouveaux services à leur portfolio. AXA Strategic Ventures par exemple est doté de 200 millions d’euros et compte parmi ses derniers investissements un modèle d’assurance contre les aléas climatiques destinés aux entreprises sensibles au climat, cherchant à linéariser leurs rentrées en les rendant indépendantes du temps qu’il fait.

Tout est maintenant en place pour que l’«AssurTech» prenne le relais de la «Fintech» comme thème de prédilection dans les milieux entrepreneuriaux et les prochains mois vont donner lieu à un bourgeonnement de nouvelles idées. Quant aux assurances, les acteurs émergeant de cette effervescence vont rapidement les entraîner hors de leur zone de confort en les mettant brutalement face aux défis de la digitalisation.

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