Les militants écologistes allemands se frottent les mains. Mardi, l’assureur numéro Un du pays, Allianz, a annoncé qu’il cessait d’investir dans le charbon. «Allianz, confirme un porte-parole du groupe, n’investira plus dans les entreprises qui réalisent plus de 30% de leur chiffre d’affaires grâce à l’extraction de charbon ou la production d’électricité liée au charbon.» Le charbon représente à l’heure actuelle pour le groupe 4 milliards sur un portefeuille d’investissements total de 1800 milliards d’euros. «Une petite partie est investie en actions, que nous allons vendre dans les prochains mois, précise l’assureur. Nous voulons ainsi donner un signal positif avant les négociations de Paris.»

Allianz emboîte ainsi le pas au français Axa et au fonds de pension norvégien Oljefondet, qui ont tous deux également annoncé leur retrait du charbon. L’assureur de Munich mise sur les énergies renouvelables. Le groupe possède déjà quantité de parcs solaires et éoliens en Allemagne, en France, en Italie, en Suède et en Autriche, pour un investissement total de plus de 2,5 milliards d’euros. Le secteur est jugé nettement plus juteux, avec une rentabilité espérée de 5 à 6%. «Si Allianz applique cette décision de façon conséquente, c’est un énorme pas en avant et un bon exemple pour l’ensemble du secteur bancaire et financier», se réjouit Katrin Ganswindt, spécialiste charbon de l’ONG Urgewald.

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Mardi matin les militants d’Urgewald avaient entreposé des piles de briquettes de charbon, assorties d’un écriteau: «banque tueuse du climat No 1: sortir du charbon!» au pied des tours de Deutsche Bank, au centre de Francfort. Deutsche Bank n’est pas seule visée par les militants de l’environnement. A quelques jours du début de la conférence sur le climat qui doit ouvrir dimanche à Paris, les organisations non gouvernementales multiplient les critiques à l’encontre des milieux d’affaires, de la finance et du gouvernement allemand, alors que 45% de l’électricité produite en République Fédérale provient toujours du charbon ou du lignite, tous deux très polluants et particulièrement nocifs en termes d’émissions de CO2. Deutsche Bank et Commerzbank ont investi, à elles deux, 8,7 milliards d’euros dans le secteur entre 2010 et 2015, soit 70% des investissements allemands en Europe qui soient liés à cette source d’énergie. Les principaux investissements ont profité à RWE, au suédois Vattenfall ou au tchèque CEZ ou au grec PPC.

Charbon et lignite sont les seules sources d’énergie dont le pays dispose en abondance. La production totale du pays atteint près de 200 millions de tonnes, dont 183 millions de tonnes de lignite, et le secteur emploie 86000 personnes. Ils représentent 25% de la consommation totale d’énergie en Allemagne.

L’Allemagne aura besoin d’initiatives telle que celle d’Allianz pour réaliser l’ambitieux objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre annoncé par le gouvernement. Berlin a promis de réduire ses émissions de CO2 de 40% d’ici 2020, 55% d’ici 2030, 70% d’ici 2040 et 80 à 95% d’ici 2050. L’objectif n’est atteignable qu’avec un développement considérable des énergies renouvelables, qui représentent en moyenne 25% de la production d’électricité. Déjà, certains dimanches venteux et ensoleillés comme en mai 2014, éolien et solaire fournissent près de 75% du courant consommé. Mais dès le lundi, la part des énergies renouvelables chute, lorsque les usines du sud du pays reprennent la production.

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Pour tenir ses objectifs climat, l’Allemagne devra réduire ses émissions de CO2 de 62 à 78 millions de tonnes, dont 22 millions pour les centrales électriques. Le défi est d’autant plus difficile à tenir que le pays a décidé de fermer toutes ses centrales nucléaires d’ici 2023, à la suite de la catastrophe de Fukushima. Pour réussir sa décarbonisation, l’Allemagne mise sur le développement de nouvelles technologies permettant le stockage de l’électricité, le développement des énergies renouvelables, et un parc de centrales à gaz, plus propres que les centrales à charbon, pour réguler les à-coup de production des énergies renouvelables.