Qui a dit que la concurrence manquait sur le marché de la prévoyance professionnelle? D'aucuns avaient dénoncé il y a une année le «cartel des assureurs». Zurich, la Genevoise et Helvetia Patria avaient emboîté le pas à Winterthur en décidant d'abaisser d'un seul coup le taux de conversion, qui détermine la rente annuelle versée au retraité, des avoirs de la partie surobligatoire du deuxième pilier au même niveau. A trois chiffres après la virgule près (5,835% pour les hommes et 5,454% pour les femmes). Soupçonnant elle aussi une entente, la Commission de la concurrence (Comco) avait ouvert une enquête préalable en novembre.

En mars dernier, la Comco a classé l'affaire sans suite, faute d'indices d'une entente illicite. Et Swiss Life vient de confirmer que la concurrence existe bien. L'assureur a présenté hier à Genève sa réponse au «modèle Winterthur»: offrir plus de services et baisser les frais. Cette riposte intervient près de deux mois après que le Conseil fédéral a présenté le premier volet de la première révision de la loi sur la prévoyance professionnelle (LPP). Les assureurs doivent désormais faire preuve d'une plus grande transparence dans leur gestion. Ils doivent notamment redistribuer 90% des excédents qu'ils réalisent aux assurés.

«Nous envoyons 18 000 propositions de nouveau contrat, explique Antimo Perretta, responsable Group Life pour la Suisse. Contrairement à nos concurrents, nous abaissons progressivement le taux de conversion du régime surobligatoire: il reste encore à 7,2% cette année (comme pour la partie obligatoire) et atteindra 5,838% en 2008. Ce taux s'applique aussi bien aux hommes qu'aux femmes. En outre, nous réduisons la prime pour frais de gestion de 15% en moyenne. Enfin, nous couvrons à 100% les risques de placement.» De solides arguments, selon un responsable commercial de l'assureur, à faire valoir contre l'agressivité de ses concurrents: «Certains n'hésitent pas à aller voir nos clients en leur montrant les journaux qui titrent en gros sur nos difficultés, pour leur faire peur.»

Contrats simplifiés

Swiss Life espère que 90% de ses clients, principalement des PME, adopteront cette offre. En y renonçant, ils ne profiteront pas de ses «avantages» lors de la fin de leur contrat actuel. La compagnie d'assurances a aussi grand intérêt à ce que ses clients adoptent le plus vite possible la proposition de baisse de ce taux de conversion de la partie surobligatoire du 2e pilier. En effet, il lui a coûté 70 millions de francs en 2003 pour financer la partie obligatoire. Actuellement de 7,2%, ce taux de conversion baissera progressivement à 6,8% d'ici à 2014 selon la nouvelle LPP. Or, un taux économiquement soutenable, et non défini à partir de «critères politiques», serait de 6,15%, estime Michel Délèze, actuaire de Swiss Life.

Cette nouvelle offre, meilleur marché, est aussi possible grâce à la gestion plus efficace qui a été mise en place ces dernières années. Les nouveaux contrats ont été simplifiés et standardisés, et 1500 personnes licenciées. L'équipe des commerciaux en Suisse romande est passée d'une soixantaine de personnes à une quarantaine.

Enfin, Swiss Life a considérablement revu sa politique de placement pour éviter les risques de marché et garantir le taux de couverture de 100% que lui impose la loi. La part actions de son allocation d'actifs est passée de 20% en mars 2000 à 3% aujourd'hui, le reste étant composé d'obligations. Pour la gestion proprement dite, elle devrait recourir à l'expertise de la Banque du Gothard, dont elle va prendre le contrôle grâce à l'augmentation de capital de 834 millions qu'elle vient de boucler.