La Suisse «souhaite participer» aux efforts du G20 pour consolider la stabilité financière mondiale et a des «prétentions légitimes» pour le faire, a déclaré samedi à Lausanne le président de la Confédération Pascal Couchepin. Son discours introduisait le débat «Crise financière: la fin du capitalisme libéral?», organisé par les Jeunesses libérales-radicales.

Accueilli par un calicot «60 milliards pour UBS - rien pour l'AVS» brandi par quelques manifestants, Pascal Couchepin a évacué d'un sourire cette «affirmation simpliste». Ces turbulences sont graves, a-t-il dit, mais il faut s'en tenir aux faits: en quelques décennies, le libéralisme a fait reculer de moitié la pauvreté dans le monde tandis que ses alternatives autoritaires engendraient «des catastrophes écologiques et humaines».

Le système n'est pas en cause

Interrogé sur le sauvetage d'UBS «sans débat démocratique», le président de la Confédération a répondu que «si le Rhône menace de déborder, on construit des digues et on discute après», ajoutant que le parlement aura son mot à dire. Un socialiste lui reprochant de coller des «sparadraps» sur les plaies du capitalisme au lieu d'en admettre les dysfonctionnements, Pascal Couchepin a repoussé l'attaque: «Il s'agit plus que de sparadraps; le système s'adapte, sa capacité à écouter les critiques fait la différence.»

Le débat lui-même faisait intervenir Jean-Pierre Roth, président de la Banque nationale, Dominique Biedermann, d'Ethos, qui gère des fonds de pension, Olivier Steimer, président de la BCV, Stéphane Garelli, professeur à l'IMD, et André Kudelski, directeur de la société éponyme. Joli panel, et beau coup d'essai pour les Jeunesses libérales-radicales. Mais à part Dominique Biedermann, contestataire modéré, sa composition laissait anticiper des conclusions rassurantes, malgré les efforts de l'animatrice Chantal Tauxe, cheffe de la rubrique suisse de L'Hebdo, pour jouer la mouche du coche.

Sur le diagnostic, les participants s'accordent à reconnaître une crise de confiance, et même une crise de loyauté dans la capacité du système à se réformer, selon Dominique Biedermann. «Au fait, qu'est-ce qui a failli: le système ou les hommes?» interpelle Chantal Tauxe. A cette question, seul Jean-Pierre Roth répond sans hésiter: «les hommes». Pour Olivier Steimer, le fond du problème n'est pas financier, mais «le fait que l'on consomme à découvert», en particulier aux Etats-Unis. Jean-Pierre Roth prévient qu'«il n'y a pas de révolution à attendre en négociant par exemple un Bretton Woods 2 (ndlr: les fondements du système monétaire international actuel). Il y aura tout au plus des ajustements.» L'un des principaux est que les banques devront renforcer leur capacité à absorber des chocs.

Débat populaire sur la crise

La crise annonce-t-elle le grand retour de l'Etat? Les participants ont mis en garde contre les effets pervers de règles basée sur de fausses incitations et critiqué l'atomisation des organismes actuels. Quant à l'Etat propriétaire d'entreprises, «il ne gère ni mieux ni moins bien que le privé, dit Stéphane Garelli. Le problème est que quand une entreprise va mal, l'assainir prend plus de temps quand elle est publique.» Par ailleurs, le professeur de l'IMD se dit intéressé par la constitution d'un fonds public anticyclique qui éviterait les débats récurrents sur les hausses et baisses d'impôts à chaque à-coup conjoncturel. Pascal Couchepin, pour sa part, souligne «l'ambiguïté» des fonds souverains: ce «capitalisme d'Etat» conduit à user de la puissance publique pour défendre des entreprises, et finalement au néoprotectionnisme.

Suivi par 300 personnes, le débat n'a pas répondu à ceux qui se demandaient si «le pire est derrière nous», Jean-Pierre Roth étant rompu aux ruses de Sioux pour fuir toute question précise. Mais l'essentiel était ailleurs: dans quel autre pays le président du gouvernement, sans cravate, et le président de la Banque centrale se mettent-ils à disposition de Monsieur et Madame Tout-le-monde, à deux pas du marché où ceux-ci achètent poireaux et saucisses du terroir, pour discuter à bâtons rompus de la situation économique? Cette proximité des autorités est un atout unique en termes de confiance. Or, rappelaient les participants au débat, la confiance est l'élément clé dans toute crise. Jean-Claude Péclet