L'atterrissage jusqu'à présent en douceur de l'économie britannique a quelque chose de rassurant pour les Etats-Unis. «Les parallèles sont nombreux entre ces deux pays. Ce qui réussit dans l'un, peut marcher dans l'autre», estime un gérant de fonds à Genève.

La Grande-Bretagne et son ancienne colonie sont rapidement sorties de la récession de 2001/02 grâce à une relance budgétaire vigoureuse et au dynamisme de la consommation intérieure. De part et d'autre de l'Atlantique, les déficits budgétaires ont remplacé les excédents et les ménages ont dépensé plus qu'ils n'ont gagné. La hausse sans précédent de la valeur des logements et le niveau exceptionnellement bas des taux d'intérêt leur a permis de rallonger leurs hypothèques.

L'asphyxie menace

Tout le monde est d'accord: cette croissance à crédit n'est pas soutenable. La «bulle» immobilière finira par éclater, les ménages surendettés sont menacés d'asphyxie. Un rééquilibrage est nécessaire. La Réserve fédérale américaine s'y emploie depuis juin 2004 en relevant régulièrement ses taux directeurs. Sans grand succès jusqu'à présent, puisque l'immobilier et l'appétit de consommation sont restés sur la même tendance. Contre toute attente, les taux longs, qui servent de référence pour les hypothèques, sont restés à des planchers historiques. «L'impact finira par se faire sentir tôt ou tard», estime toutefois Alexander Bridport, associé senior de Bridport à Genève. La capacité d'achat des premiers acquéreurs de logements n'a jamais été aussi faible depuis 1990, calcule Merrill Lynch.

En Grande-Bretagne, les choses sont allées plus vite. La remontée des taux a commencé dès octobre 2003. Ensuite, le renchérissement du crédit s'est fait immédiatement ressentir, car les hypothèques sont essentiellement à court terme. Résultat: les prix des logements sont en train de se stabiliser. Mais, en un an, la croissance de la consommation des ménages a été divisée par trois à 0,5% au premier trimestre 2005.

En plein ralentissement, la Grande-Bretagne aurait tôt fait de glisser dans la récession. Une hypothèse rejetée par la plupart des économistes. La banque Sarasin voit la croissance britannique tomber à 1,9% cette année, puis se maintenir à 2,0% en 2006. Goldman Sachs avance le chiffre de 2,3% en 2006. Un recul des prix immobiliers n'aurait qu'un effet modéré sur la consommation, selon la banque américaine. Dans ce contexte délicat, la rapidité avec laquelle la Banque d'Angleterre réagit est «cruciale», écrivait récemment Jan Poser, économiste en chef de Sarasin. Le mouvement de baisse du taux directeur entamé jeudi conforte son scénario.

Les Etats-Unis s'engageront bientôt sur la même voie du rééquilibrage, affirme Alexander Bridport. «A ce moment, il faudra veiller à ne pas sous-estimer la capacité des dirigeants américains à gérer les écueils. Elle est supérieure à celle des Britanniques et sans mesure avec celle des pays d'Europe continentale, Suisse comprise», déclare-t-il.