L’invité

L’attrait des Insurance-Linked-Securities (ILS) pour les investisseurs

La plupart des obligations pour risque de catastrophe sont structurées de sorte que le risque de perte liée à un événement soit faible

Les Insurance-Linked Securities («ILS») sont des titres et des produits dérivés qui permettent de transférer les risques de catastrophe naturelle des compagnies d’assurances et de réassurances à des investisseurs des marchés financiers. Fondamentalement, ce marché repose sur les investisseurs qui assument les pertes liées aux catastrophes naturelles à la place des compagnies d’assurances en échange d’une prime de risque. Le marché des ILS est apparu dans le milieu des années 90, suite à l’ouragan Andrew et au tremblement de terre à Northridge, en Californie. 

Ces événements ont fait prendre conscience à l’industrie de l’assurance de l’impact financier significatif que peuvent avoir les grandes catastrophes naturelles, en particulier lorsqu’on tient compte de l’inadéquation et de l’inefficacité liées à l’utilisation des capitaux figurant au bilan pour financer ces risques. Les investisseurs allouant actuellement une partie de leurs capitaux aux ILS incluent des fonds de pension, des compagnies d’assurances, des banques, des gestionnaires d’actifs et des fonds alternatifs. Nous pensons que nombre de ces investisseurs institutionnels sophistiqués peuvent être attirés par les ILS pour deux raisons: le potentiel de rendements absolus ajustés du risque et les avantages de la diversification que représente cette classe d’actifs.

Potentiel de rendement

De nombreuses compagnies d’assurances qui cherchent à acheter des protections sur le marché ILS le feront sous la forme d’obligations pour risque de catastrophe (Cat Bonds), qui sont des instruments de revenu fixes à taux variable, et qui se présentent généralement sous la forme de notes 144A. Le marché des Cat Bonds, qui se situait à environ 22,4 milliards de dollars d’encours à l’émission des titres à fin 2016, constitue environ 30% du marché ILS spécialisé dans les catastrophes de biens immobiliers et, d’après nous, est un bon moyen d’estimer le prix du marché dans son ensemble, étant donné son profil d’exposition (il faut cependant préciser que les risques sur le marché des Cat Bonds tendent à être plus faibles que ceux liés aux produits du marché privé, garanti de la réassurance). Depuis sa création en janvier 2002, l’indice Swiss Re Total Return Cat Bond («SRGLTRR»), qui trace le rendement global des Cat Bonds, a montré de bonnes performances par rapport aux indices de nombreuses classes d’actifs. Sur une base cumulée, le SRGLTRR a généré une performance supérieure de 94% à celle du HFRI Fund-Weighted; de 51% à celle du S&P 500 Total Return et de 17% à celle du ML US High Yield BB.

Un environnement de hausse des taux d’intérêt présente un bénéfice additionnel pour les ILS. Lorsqu’un Cat Bond est émis à taux variable, comme c’est généralement le cas, les produits de la vente sont déposés sur un compte de garantie fiduciaire. Ces comptes de garantie investissent généralement dans des actifs presque dénués de risques, tels que des fonds du marché monétaire investis dans des titres du Trésor américain ou des titres notés AAA liés aux taux LIBOR.

Le montant du coupon payé aux investisseurs inclut la prime de risque convenue ainsi que le retour sur investissement du compte de garantie, ou rendement garanti. Ce rendement garanti croit en fonction de l’augmentation des taux LIBOR et des bons du Trésor et les investisseurs de Cat Bonds en récoltent les fruits sous la forme de prime supplémentaire sans risque. Il y a 19 Cat Bonds en circulation au 31 janvier qui offrent un rendement garanti basé sur le LIBOR à 6 mois, qui a augmenté de 0,36% fin 2014 à 1,32% fin 2016, ceci comparé aux seuls cinq Cat Bonds basés sur le même taux au 31 décembre 2015.

Diversification

Nous pensons que les avantages de la diversification de cette classe d’actifs sont omniprésents: le risque de ces produits est généralement constitué d’événements de grande gravité mais se produisant peu souvent, tout en ayant une exposition intrinsèquement distincte de celle de stratégies d’avantage associées aux marchés financiers dans leur ensemble. Pour cette raison, les risques d’assurance ne présentent, historiquement, qu’une corrélation faible avec les marchés des capitaux en général. Ce fait est corroboré par le fait que depuis sa création, le SRGLTRR a montré une corrélation de 0,24, 0,17 et 0,27 avec les indices respectivement HFRI Fund-Weighted, S&P Total Return et ML US High Yield.

En outre, certains sous-ensembles du marché des ILS connaissent une faible corrélation entre eux (par exemple les ouragans de Floride ne provoquent pas les tremblements de terre en Californie), contrairement à certaines classes d’actifs traditionnelles où les corrélations tendent à augmenter pendant les périodes de crise.

Prévision des catastrophes

De plus, il est important de noter que l’évaluation des probabilités de pertes est fondée sur la science, par le biais de modèles de prévision des catastrophes disponibles dans le commerce, ce qui permet d’atténuer le niveau d’asymétrie d’information qui peut se trouver dans des classes d’actifs plus traditionnelles (par exemple les parties contractantes émettant la dette d’entreprise disposent de plus d’informations que les investisseurs potentiels dans des instruments de dette, alors qu’un acheteur de réassurance ne sait pas davantage si un événement catastrophique va ou ne va pas se produire).

Alors que les investisseurs dans cette classe d’actifs peuvent subir des pertes, y compris en cas de survenance d’une catastrophe, la plupart des obligations pour risque de catastrophe sont structurées de sorte que le risque de perte liée à un événement soit faible. Par exemple, depuis août 2016, il y a eu trois vagues de tremblements de terre de magnitude supérieure à 0,5 dans le centre de l’Italie.

Le plus récent de ces événements a eu lieu le 18 janvier, provoquant de fortes secousses à Rome, à plus de 100 km de l’épicentre, entraînant l’évacuation du réseau de métro de la ville. Malgré les dommages significatifs causés par cet événement, le niveau des pertes assurées subies est loin d’atteindre les niveaux nécessaires pour impacter le Cat Bond italien lié aux tremblements de terre ayant été émis.

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