Justice

L’auditeur de Philipp Hildebrand accusé de délit d’initié

Daniel Senn, longtemps considéré comme un auditeur incontournable des milieux bancaires zurichois, est désormais lui-même accusé

Pour le grand public, Daniel Senn n’a été visible que brièvement, en 2012. C’est à ce responsable de l’audit chez KPMG qu’avait incombé la tâche de dire si les transactions financières des membres du directoire de la Banque nationale suisse (BNS) – et en particulier celles de Philipp Hildebrand – avaient été conformes au règlement. L’auditeur, spécialiste bancaire, les avait absous, y compris le président, qui avait déjà été poussé à la démission à la suite de la découverte d’achat de devises par sa femme.

Désormais, c’est ce même expert-comptable qui est au centre des investigations. D’après Schweiz am Wochenende, le Ministère public de la Confédération (MPC) a déposé une plainte pour délit d’initié contre Daniel Senn en mai dernier. L’affaire devrait être entendue à partir du 25 juillet devant le Tribunal pénal fédéral.

Loriot sous le soleil

A la suite de son enquête entamée il y a trois ans, baptisée «Loriot» (Pirol, en version originale), du nom de l’oiseau au chant reconnaissable, mais très rarement visible, le MPC accuse Daniel Senn d’avoir exploité des informations d’initié pour réaliser des transactions sur le marché des actions.

En 2011, Julius Baer planifiait de racheter la Banque Sarasin, information que Daniel Senn connaissait puisque, en tant qu’associé et membre de la direction de KPMG, il dirigeait le mandat de révision de Julius Baer. C’est ainsi que, d’après les sources de Schweiz am Wochenende, il aurait pu lire trois protocoles internes qui décrivaient le projet de rachat, lui-même nommé «Sunshine». En outre, il aurait été présent, en septembre 2013, lors d’une rencontre avec la Finma, l’autorité des marchés financiers, où ce projet d’acquisition aurait été discuté.

Daniel Senn aurait ainsi récolté suffisamment d’informations pour se convaincre d’appeler son banquier le lendemain de la rencontre avec la Finma et de lui enjoindre d’acheter 2000 actions de Sarasin, pour un montant de 50 000 francs. Puis de renouveler la demande pour un montant identique, avant de les placer dans les comptes de ses enfants. Cela, peu avant que Julius Baer ne reconnaisse publiquement son projet de racheter Sarasin, qui a fait bondir le cours de l’action de la banque bâloise de 15%.

Daniel Senn aurait ainsi enregistré un bénéfice comptable de 30 000 francs. Le rapprochement n’avait cependant pas eu lieu, puisque c’est la banque Safra qui a finalement racheté Sarasin, créant ainsi le groupe Safra Sarasin.

Agrément perdu en 2013

L’expert-comptable est présumé innocent. Il a longtemps été considéré comme incontournable des milieux bancaires zurichois, étant appelé sur plusieurs grandes affaires politico-économiques. Outre celle de Philipp Hildebrand, il avait dû analyser la banque d’Oskar Holenweger, soupçonné de blanchiment d’argent au milieu des années 2000.

L’Autorité fédérale de surveillance en matière de révision avait retiré en 2013 son agrément à Daniel Senn, qui quittait KPMG à la surprise générale au cours de la même année. Elle avait ensuite interpellé le MPC, lui soumettant ses soupçons de délits d’initié.

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