L'industrie automobile n'est pas la seule à être touchée par la hausse du prix de l'acier. De nombreuses entreprises suisses, dans les secteurs de la construction, de l'outillage ou des machines subissent des augmentations de prix atteignant 50% depuis le début de l'année.

«Nous avions déjà connu une hausse de 30% à 40% il y a deux ans», se souvient Laurent Perrin, patron de Felco, à Neuchâtel, spécialisé dans la fabrication de sécateurs haut de gamme et qui dépense plus de 500000 francs par an pour s'approvisionner en acier. Les commandes envoyées ces derniers jours font apparaître une nouvelle augmentation de 20% à 30%.

«Du simple au double»

Le constat est partagé par le distributeur de produits sidérurgiques Miauton SA à Villeneuve, qui observe une augmentation du prix «du simple au double» depuis le début de l'année.

«Cette hausse est causée par une conjonction de trois facteurs, résume Laurent Perrin. D'abord, la demande repart à la hausse; comme en 2005 suite au réveil de l'industrie allemande. Ensuite, l'augmentation des cours du minerai de fer a poussé les aciéristes asiatiques à s'approvisionner en ferraille sur les marchés de récupération en Europe, créant des pénuries ici et là. Troisième facteur: la cherté de l'énergie se répercute sur les grandes aciéries, qui consomment parfois autant d'électricité qu'une ville entière.»

Une goutte d'eau de 10000 tonnes

Les commandes d'acier pèsent 40% du chiffre d'affaires annuel du fabricant vaudois de charpentes métalliques Zwahlen & Mayr, qui vient de signer un contrat de 5,7 millions de francs pour construire sept ponts de la future autoroute Annecy-Genève. «Nos clients ne veulent rien savoir, et s'attendent à ce que l'on bloque les prix», soupire Stefan Walt, le directeur adjoint. Les 10000 à 12000 tonnes commandées chaque année par le vaudois ne lui permettent pas non plus de faire jouer la concurrence entre les aciéristes, dont le nombre a fortement diminué ces dernières années: «Chez ArcelorMittal ou ThyssenKrupp, nos commandes sont une goutte d'eau», admet Stefan Walt.

Chez Felco, on commence tout juste à répercuter la hausse enregistrée en 2005, «mais seulement de quelques pour-cent». «Ces dernières années, nous avons privilégié les commandes en just in time, explique Laurent Perrin. Ces hausses pourraient nous pousser à revenir à une gestion de stock plus prudente, en procédant à des achats stratégiques, presque spéculatifs, pour lisser ces fluctuations.»