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Laurence Parisot réclame un vrai choc de compétitivité pour la France

La patronne du Medef lance un nouveau cri d’alarme sur la situation des entreprises et de l’économie. Le gouvernement dévoilera sa stratégie après le 5 novembre

Laurence Parisot, la patronne du Medef, gradue ses propos depuis l’été. Elle utilise un vocabulaire de plus en plus alarmiste pour décrire le moral des patrons et la situation «gravissime» de l’économie française. «Nous sommes passés d’un avis de tempête à un avis d’ouragan», lançait-elle lundi dans Le Figaro. Alors que l’examen du budget 2013 démarre à l’Assemblée nationale et que l’industriel Louis Gallois, mandaté par le gouvernement, finalise son rapport, Laurence Parisot a demandé hier un choc de compétitivité «significatif» pour le pays. «Il y a urgence à agir», a-t-elle déclaré au siège du Mouvement des entreprises de France, à Paris.

La question de la compétitivité du pays fait débat depuis plusieurs mois. Guère abordée par François Hollande durant sa campagne, elle est devenue après l’élection l’une des préoccupations majeures du nouveau pouvoir. «La volonté de mon gouvernement, c’est de s’engager pleinement en faveur de la compétitivité», a confirmé lundi le premier ministre Jean-Marc Ayrault. La réussite de plusieurs objectifs est intimement liée à elle: la reconquête industrielle, la résorption du déficit du commerce extérieur et l’inversion de la courbe du chômage d’ici à un an.

Toute la question est de savoir comment s’y prendre. Le gouvernement livrera sa stratégie d’ici à la fin de l’année, a confirmé hier Jean-Marc Ayrault sur Europe 1. L’exécutif se basera notamment sur les recommandations du rapport Gallois, attendu pour le 5 novembre. En attendant politiciens, économistes et chefs d’entreprise se déchirent. Schématiquement résumé, la droite et les représentants du patronat sont favorables à un choc de compétitivité, rapide et de forte ampleur, de l’ordre de 30 à 50 milliards d’euros, passant essentiellement par une baisse du coût du travail, identifié par les chefs d’entreprise comme un handicap majeur.

De son côté, la gauche insiste davantage sur la compétitivité hors coût, notamment sur les retards de la France dans les domaines de l’innovation, de la recherche et du développement (R&D), sur le positionnement en matière de gamme, ainsi que sur le manque de vitalité des grosses PME exportatrices. En part du PIB consacrée à la R&D, «l’Hexagone pointe loin des avant-postes avec un budget à peine supérieur à 2% quand Suède, Corée du Sud, Finlande ou Japon tutoient les 3,5%, les Etats-Unis 2,7% et l’Allemagne 2,6%», estimait déjà l’économiste Patrick Artus dans son livre La France sans ses usines.

Mais, aux yeux de Laurence Parisot, cette distinction est «artificielle». «Le lien est absolu entre la compétitivité-coût et la compétitivité-innovation et recherche», estime-t-elle. «Une PME qui a des marges très faibles ne va pas pouvoir embaucher des ingénieurs qui vont lui permettre de constituer un petit département de R&D; l’entreprise de taille intermédiaire qui doit faire des choix ne va pas déposer et protéger autant de brevets que sa concurrente allemande», explique-t-elle.

Pour l’instant, le premier ministre n’a dévoilé que de maigres pans de sa stratégie. Récusant le terme de «choc de compétitivité», il préfère parler d’une «trajectoire» qui s’étalerait sur «deux ou trois ans». Hier, Jean-Marc Ayrault a évoqué des mesures pour «faciliter l’accès au crédit des entreprises, améliorer leurs fonds propres, améliorer leur compétitivité, pour qu’elles investissent dans l’innovation». Le projet de Banque publique d’investissement destinée prioritairement aux PME, qui sera discuté aujourd’hui au conseil des ministres, fait partie du dispositif.

Pour le gouvernement, ainsi que pour les syndicats réformistes comme la CFDT, la question du coût du travail n’est plus taboue. Un consensus pourrait se dégager sur le fait que le financement des allocations familiales n’a pas à être supporté par les cotisations salariales. Mais sur quoi le reporter? La TVA, comme le voulait Nicolas Sarkozy? La CSG (contribution sociale généralisée)? C’est ce que Le Monde a laissé entendre début octobre. Mais, depuis, de nombreuses voix dans la majorité ont manifesté leur désapprobation envers une nouvelle baisse du pouvoir d’achat des Français et l’exécutif a indiqué que les arbitrages n’étaient pas encore rendus.

«Nous sommes passés d’un avis de tempête à un avis d’ouragan»

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