Matières premières

A Lausanne, les géants du négoce partent en croisade pour le libre-échange

Les directeurs des plus grandes maisons du commerce de matières premières craignent l’avènement d’une nouvelle ère de nationalisme économique. Les menaces pesant sur les traités de libre-échange ont été au cœur des discussions lors du sommet de Lausanne sur les matières premières, qui s’achève mercredi

«Il faut soutenir l’OMC de tout notre poids. Nous battre pour le libre-échange.» C’est à 60 kilomètres du siège de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) que les grands acteurs du négoce de matières premières ont entonné leur plaidoyer en faveur du libre-échange. Pour le directeur du négociant américain Cargill, David MacLennan – comme pour la plupart des intervenants qui se sont relayés à la tribune du FT Commodities Global Summit de Lausanne – une nouvelle ère de «nationalisme économique» menace la croissance mondiale et la prospérité du négoce.

Secteur globalisé par excellence, le négoce – qui organise chaque année son grand raout dans la cité olympique – tire son assise identitaire du libéralisme économique. Cette industrie «était globale avant la globalisation», pour reprendre les mots de Lionel Barber, rédacteur en chef du Financial Times. Mais la montée au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis ainsi que le Brexit font désormais craindre la mise en place de nouvelles barrières commerciales, entraînant une spirale protectionniste.

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Triomphe du «moi d’abord» économique

«La prolifération actuelle de postures commerciales du type «moi d’abord» menace des décennies de négociations», souligne le patron de Cargill. Le numéro un mondial du négoce de produits agricoles réalise la moitié de ses revenus hors des Etats-Unis et emploie 150 000 personnes dans 70 pays.

Pour autant, David MacLennan reconnaît que «le capitalisme crée des extrêmes et favorise le déclassement social». Il convient pourtant, pour lui, de ne pas se tromper de cible: «Le commerce n’est pas responsable de ses difficultés. C’est lui qui peut ramener les jobs perdus en raison de l’automatisation.»

L’inconnue iranienne

Les discussions ont également porté sur les barrières encore existantes. Malgré les accords sur le nucléaire iranien, l’amende record infligée à BNP Paribas (8,2 milliards de dollars) refroidit encore le secteur. «Certaines banques réalisent des transactions avec ce pays, mais dans un grand climat d’incertitude. Comment pouvons-nous diminuer ce risque?», a interpellé le patron d’un petit établissement de négoce lors d’une table ronde réunissant les dirigeants des groupes de négoce Vitol, Trafigura, Gunvor, Mercuria et Castelton.

«Nous avons réalisé des transactions en Iran mais c’est compliqué», a relevé le directeur de Gunvor, Torbjörn Törnqvist. Pour ne pas être passible de sanctions, «il ne faut absolument pas toucher au dollar américain pendant ces transactions. Il est plus sûr de rester sur la vente [libellée en euros, ndlr] en Iran.» Les tenants du libre commerce ne sont pas au bout de leur croisade.

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