Vous êtes docteur, ingénieur, plombier ou comptable et les grands espaces ensoleillés vous ont toujours fait rêver? Venez immigrer aux antipodes… Le gouvernement australien va lancer le mois prochain une importante campagne de promotion destinée à attirer «down under» du personnel qualifié. La fédération souhaite séduire 20 000 salariés.

Jamais depuis les années 50 et 60 «l'île du bout du monde» n'avait cherché autant d'émigrants. Durant ces deux décennies, Canberra était allé jusqu'à vendre aux candidats à l'émigration des billets sur des navires ralliant la Grande-Bretagne à son ancienne colonie pour la modique somme de 10 livres sterling. Plus de 1 million de Britanniques s'étaient alors laissé séduire.

L'Australie a choisi cette fois-ci de mieux cibler ses besoins. «Dans les années 50, les fonctionnaires des services de l'immigration s'étaient chargés de trouver tous ces émigrants, explique Abul Rizvi, un responsable du Ministère fédéral de l'immigration et des affaires multiculturelles. Aujourd'hui, nous disons (aux personnes qui seraient intéressées à venir travailler en Australie): vous devez convaincre les employeurs qu'ils souhaitent vous embaucher.»

Pour faciliter les rencontres entre les entreprises et les candidats à l'émigration, Canberra va investir 3 millions de dollars australiens (2,9 millions de francs suisses) afin d'organiser aux mois de septembre et d'octobre des expositions à Londres, à Berlin, à Amsterdam et à Chennai (anciennement Madras) en Inde. «Nous commençons par cibler ces villes mais nous cherchons du monde partout, résume Abul Rizvi. L'année prochaine, nous espérons aller dans d'autres endroits.» Manille, Bangkok, Séoul et Los Angeles pourraient ainsi devenir en 2006 les prochaines étapes de la «tournée» des entreprises australiennes.

Cette initiative gouvernementale a reçu l'appui de certaines organisations patronales. «Cette idée est bonne car elle va enfin pouvoir permettre de coordonner le travail des industriels avec les initiatives lancées par les gouvernements des différents Etats et le pouvoir fédéral, juge Steve Balzary, responsable de l'éducation et de la formation auprès de la Chambre australienne de commerce et d'industrie. Nous sommes en train de contacter nos membres pour identifier les entreprises qui vont se rendre à ces expositions et connaître leurs besoins.»

D'autres fédérations professionnelles n'ont, elles, pas caché leur scepticisme à l'annonce de la campagne de promotion lancée par Canberra. Geoff Lary, de l'Association des ingénieurs, des chercheurs et des managers, estime que le pouvoir fédéral devrait avant tout chercher à encourager les Australiens à rester dans leur pays natal. «Il y a un exode dramatique de trentenaires vers les villes où vont se tenir les expositions (organisées par le gouvernement), explique ce représentant patronal. Une des raisons qui expliquent ce phénomène est les meilleurs salaires offerts dans ces pays.»

Le leader du Parti travailliste, Kim Beazley, partage cette opinion. «Nous devrions tout faire pour encourager un nombre plus important de salariés à rester dans leur pays natal, note le chef de l'opposition. Il y aurait, selon certaines estimations, près de 900 000 Australiens qui travailleraient à l'étranger d'une façon plus ou moins permanente. Cela représente près de 10% de la population active en Australie.»

Cette fuite de matière grise commence à poser de sérieux problèmes aux sociétés des antipodes. Le gouvernement libéral, qui a longtemps cherché à limiter le flux migratoire, doit donc se montrer plus pragmatique en ouvrant davantage ses frontières. Les salariés qualifiés étrangers qui aiment le sable chaud ne vont pas s'en plaindre…