La nouvelle n’est pas encore officielle, mais elle ne fait plus guère de doute. Le premier ministre australien, Tony Abbott, a finalement approuvé le principe d’une participation à la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB), projet impulsé par Pékin et perçu comme concurrent des institutions multilatérales existantes. Ce changement d’attitude est symptomatique du poids économique de la Chine. L’Australie est culturellement, mais aussi diplomatiquement, proche des Occidentaux, et en particulier des Etats-Unis. Ce sont les mises en garde de Washington qui l’avaient incitée, à l’origine, à ne pas participer au lancement de l’AIIB, en octobre 2014. Washington sait que l’AIIB représente une concurrence pour des institutions sur lesquelles il a la haute main (Banque mondiale notamment, mais aussi Banque asiatique de développement).

Le changement d’attitude de l’Australie illustre donc la nécessité, pour Sydney, de se convertir au réalisme, pour un pays riche en ressources naturelles, et dont les exportations sont tournées, en priorité, vers la Chine. Pour contrecarrer les arguments de Washington et convaincre des pays occidentaux de rejoindre l’AIIB, Pékin a multiplié les promesses de gouvernance irréprochable de la future banque. Le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et l’Italie se sont également laissé séduire. Les regards se portent désormais vers la Corée du Sud, qui avait refusé, également sous forte pression américaine, de se joindre à la signature initiale, mais qui pourrait reconsidérer sa position à brève échéance.

Coup dur pour Agricultural Bank of China

Tout un symbole. La troisième banque chinoise a vu ses profits diminuer au dernier trimestre 2014. D’après des chiffres publiés mardi, les bénéfices n’ont atteint «que» l’équivalent de 4,4 milliards de dollars sur cette période, ce qui représente une baisse de 4,6% sur un an. Les analystes tablaient, au contraire, sur une hausse des bénéfices. La demande de crédit a été modérée, et le taux de prêts non performants est à la hausse. Cette situation se ressent sur l’ensemble de l’année: les profits ont crû de 7,9% sur un an, soit la plus faible croissance depuis la cotation de la banque, en 2010. La tendance ne semble pas être à l’amélioration: le directeur financier de la banque a prévenu que les profits, au premier trimestre 2015, avaient également toutes les chances d’être à la baisse.

Ce coup dur pour Agricultural Bank est certainement révélateur d’une problématique commune à toutes les grandes banques chinoises. Il traduit le ralentissement économique, qui entraîne des difficultés de paiement pour de nombreuses sociétés. Mais il peut également être lu comme une bonne nouvelle: pendant des années, les banques ont engrangé des profits colossaux, dans un système qui les protégeait de façon excessive. L’instauration d’un début de concurrence et la diminution de leurs bénéfices apparaissent aussi comme le résultat d’un début de rééquilibrage d’une situation devenue malsaine, dans lequel le capital était notoirement mal alloué.

L’Indonésie se pose en pacificateur de l’Asie

L’Indonésie veut servir d’«honnête intermédiaire» afin d’aider à résoudre les conflits territoriaux qui secouent l’Asie du Sud-Est. C’est le président du pays, Joko Widodo, qui le déclare dans le South China Morning Post , quotidien de Hongkong. Ces propos interviennent alors que le chef de l’Etat se rend, aujourd’hui, à Pékin, pour une rencontre notamment avec Xi Jinping, le président chinois. Manifestement, il entend étendre l’ordre du jour à des sujets multilatéraux et territoriaux. «Nous avons besoin de paix, nous avons besoin de stabilité en Asie-Pacifique», plaide-t-il avant de proposer de travailler à un l’instauration d’un code de conduite «acceptable pour toutes les parties».

L’Indonésie, pays de 240 millions d’habitants, est aujourd’hui considérée comme l’un des territoires au fort potentiel économique en Asie. Elle semble décidée à s’imposer au plan diplomatique, en jouant de sa relative extériorité dans les bras de fer qui opposent Pékin à plusieurs de ses voisins. Brunei, la Malaisie, le Vietnam et les Philippines sont tous opposés à la Chine au plan territorial. Bien que l’Indonésie soit également concernée puisque la Chine prétend posséder des eaux qui entourent des îles appartenant à Djakarta, elle n’est pas en confrontation directe avec Pékin. Elle espère jouer de cette neutralité pour se poser en facilitateur. Une stratégie qui, en renforçant son statut diplomatique, lui permettrait par la même occasion de se poser en interlocuteur privilégié de la deuxième puissance mondiale.