Nervosité, incertitude et flexibilité. Les mêmes mots reviennent dans la bouche des responsables des offices de tourisme. Si la dynamique plutôt encourageante des vacances d’été s’est parfois prolongée jusqu’à septembre, le mois d’octobre inflige une double peine aux destinations touristiques: un temps maussade et incertain, et un coronavirus qui n’en finit plus de limiter les déplacements.

«On travaille à vue, en flux tendu, confirme Guillaume Lachat, directeur de l’office de tourisme jurassien. Jusqu’ici, l’état des réservations était bon. Nous avons eu plus de travail que d’habitude en septembre, mais on peut désormais s’attendre à des annulations. Il est difficile d’avoir une vision à plus d’une semaine.»

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Du travail, les équipes de son homologue neuchâtelois, Yann Engel, en ont aussi. Les voyages en groupe et le tourisme d’affaires sont en forte baisse, mais les familles, notamment, répondent présentes. Cela n’a pas empêché l’office de tourisme du canton de recourir de nouveau au chômage partiel, depuis le début du mois, à hauteur de 50%. «Pour des raisons financières, indique-t-il. Nous tablons sur une baisse de notre budget de 30% cette année.» Deux des piliers du financement de Neuchâtel Tourisme vacillent: les taxes de séjour et les redevances des restaurateurs, plus connues sous le nom de taxes de patente.

Yann Engel reconnaît aussi qu’actuellement, entre météo et virus, avoir une vision à trois jours, c’est déjà du long terme. En revanche, il se projette déjà sur un hiver qui pourrait, à l’image de cet été à l’accent particulièrement helvétique, être bénéfique à son canton. «Plus de 60% des Suisses ne skient pas. Nous pourrions vivre quelque chose d’inédit.»

«Ultra last minute»

Andreas Banholzer, lui, suit de très près les développements des taux d’infection et les décisions de placer certaines régions en zone rouge. Les foyers pandémiques, c’est le quotidien du directeur de Vaud Tourisme. «Nous avons souffert des articles dans la presse alémanique sur le fait que le canton était un foyer d’infection», regrette-t-il aussi, avant de rappeler qu’en Allemagne, Vaud et Genève figurent désormais sur la liste rouge qui impose une quarantaine aux personnes de retour de ses destinations.

Ses derniers coups de sonde n’augurent pas de très bonnes nouvelles. «Certains hôtels ont des taux d’occupation de 7 ou 8% pour l’instant», indique-t-il, en sachant que cela peut évoluer rapidement. «Les gens attendent le dernier moment pour réserver. Ce d’autant plus qu’ils savent qu’il y a des disponibilités.»

Un phénomène qu’observe également Hotelplan: «Les réservations sont effectuées à très court terme, pratiquement «ultra last minute», note la porte-parole du voyagiste. Laquelle ajoute, malgré une demande plus basse que dans une année normale, que la Grèce, la Turquie, l’Egypte, ainsi que la Suisse et l’Autriche, sont les destinations qui génèrent le plus d’intérêt actuellement.

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Inutile de se demander si Barcelone, Londres ou Paris tirent leur épingle du jeu. Un indicateur est néanmoins tombé jeudi: EasyJet a transporté 62% de passagers de moins que prévu, entre début juillet et fin septembre. Un peu plus de six mois après l’apparition du coronavirus, une équation semble assez claire: plus l’on dépend du tourisme urbain et/ou d’affaires, plus on est touché par la crise. En Suisse, Genève en est l’exemple le plus flagrant. Mais Lausanne le ressent également. Tout comme Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds. Sur ce front, «les activités horlogères sont au point mort», résume Yann Engel.

La montagne gagne

Les meilleures nouvelles proviennent des cantons alpins. En Valais, après un été rassurant, un certain optimiste s’est dégagé du traditionnel «Rendez-vous du tourisme» annuel, ce mardi à Martigny. Dans les Grisons, «les réservations sont au même niveau qu’en 2019, où elles étaient déjà élevées», indique l’office de tourisme local. Pour l’instant, l’Engadine, Saint-Moritz ou Arosa s’attendent à un automne faste. A condition que la météo soit au rendez-vous. Car en altitude aussi, «les vacances ne sont réservées qu’à court terme. Cela complique la planification pour l’hôtellerie, la restauration et les chemins de fer de montagne. Il est important de créer de la confiance.»

De la confiance, le Tessin en a accumulé, fort du record de 400 000 nuitées enregistrées en juillet et d’une croissance des visiteurs suisses de 50%. Même si la demande est, là aussi, volatile. «Il est un peu tôt pour dresser un bilan, les statistiques manquent, prévient l’office de tourisme tessinois. Mais nous avons le sentiment que beaucoup de touristes sont arrivés entre fin septembre et début octobre.»

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Les Suisses en Suisse. C’est, encore davantage que pendant l’été, le credo du canton de Vaud. Il est d’ailleurs prévu de relancer l’opération «Vaud à la carte», qui a déjà permis à 3500 personnes de bénéficier d’un bon de 100 francs, à partir de deux nuits passées dans le canton. Preuve aussi que l’on ne baisse pas les bras ni ne ferme les vannes face à l’adversité. «On peut déprimer un moment, mais il faut se remettre au travail. C’est un stress qui peut être stimulant», encourage Yann Engel. Dans le Jura, la Saint-Martin, bien que dans un format réduit, aura bien lieu en novembre. Et, à plus long terme, «nous travaillons sur le développement de l’offre et sur notre marketing pour la fin de l’année et pour 2021», indique Guillaume Lachat.

Dans les Grisons, on a déjà prévu de jouer la carte sécuritaire pour cet hiver. Avec un message: «Gemeinsam schützen, Graubünden geniessen». Là-bas, le virus s’est même déjà invité dans les slogans.