La fermeture annoncée de l’usine de PSA Peugeot Citroën à Aulnay-sous-Bois est la conséquence du recul de la production automobile en France entamée au milieu des années 2000 et accentuée aujourd’hui par la baisse des ventes. En 2001, les sites automobiles implantés dans l’Hexagone ont fabriqué 3,6 millions de véhicules. Après un pic de 3,67 millions en 2004, ce chiffre n’a cessé de fondre pour tomber à 2,3 millions l’an dernier.

Ce mouvement s’est accompagné par une réduction de l’activité et des effectifs via des plans de départs volontaires de plusieurs milliers de salariés et une réduction du volant d’intérimaires. Conçues à l’origine pour tourner avec trois équipes, rares sont les usines aujourd’hui qui pratiquent les «trois-huit», à l’exception de celle du japonais Toyota située à Valenciennes (Nord). Le numéro un français PSA Peugeot Citroën, qui produit plus dans l’Hexagone que son concurrent Renault, a aussi eu recours au «compactage», c’est-à-dire à la suppression de lignes de montage et la concentration des activités dans certains bâtiments sur les sites.

Inexorable déclin des ventes

Pour Laurent Petizon, directeur général du cabinet de conseil AlixPartners à Paris, «il s’agit d’un déclin des ventes avant d’un déclin de la production». La crise de 2008-2009 a mis un frein brutal aux immatriculations dans l’Hexagone, qui n’avaient redémarré qu’avec des aides comme la prime à la casse. Avec leur disparition, les ventes sont reparties à la baisse. «On peut espérer que ce soit temporaire, mais il va peut-être falloir attendre 2020 pour retrouver les volumes de ventes de 2007», ajoute M. Petizon.

Concurrence impitoyable sur les petits modèles

Les difficultés des Français sont accentuées par le fait qu’ils sont très présents sur le segment des petites voitures, où ils ont été concurrencés au fil du temps par les Japonais puis les Sud-Coréens. Or «ce sont des véhicules où la rentabilité est faible, il faut faire de gros volumes pour gagner de l’argent», explique Yann Lacroix, analyste chez Euler Hermes. Du coup, les constructeurs ont délocalisé partiellement la fabrication des petites voitures, en République tchèque et en Slovaquie pour PSA Peugeot Citroën et en Slovénie et en Turquie côté Renault. La France n’est pas le seul pays d’Europe de l’Ouest à avoir vu fondre sa production automobile. C’est le cas de l’Italie, de l’Espagne et de la Grande-Bretagne même si cette dernière profite aujourd’hui d’investissements de constructeurs étrangers, encouragés par des incitations fiscales et la flexibilité de l’emploi.

L’exception germanique

L’Allemagne fait figure d’exception: 6,3 millions de véhicules sont sortis l’an dernier des usines Outre-Rhin, contre 5,7 millions dix ans auparavant. La clé de leur succès? Avoir su s’imposer sur le segment haut de gamme qui se vend bien et avec des marges permettant d’exporter depuis l’Allemagne. Ils jouissent aussi d’une meilleure image de marque, rappelle M. Lacroix. Pour autant, «est-ce une fatalité de voir l’industrie automobile française disparaître?», se demande-t-il. Pour lui, des investissements dans les usines en France, souvent anciennes et le lancement de nouveaux véhicules innovants pourraient faire partie des solutions pour inverser la tendance.

Que peut faire le gouvernement Hollande?

Laurent Petizon, lui, ne s’attend pas à voir augmenter la production en France dans les années qui viennent, tant que les ventes seront en berne. Le gouvernement doit présenter un plan pour soutenir la filière. Des élus locaux ont pris les devants dans un livre blanc, où ils incitent les groupes français à mettre l’accent sur les petites voitures, leur domaine de prédilection. Ils vont même jusqu’à proposer de «rendre le marché français plus clairement hostile (fiscalement en particulier) aux véhicules gros émetteurs de carbone et encombrants.