La manufacture du Sentier Jaeger-LeCoultre ne semble guère se plaindre de son changement de propriétaire. Depuis qu'elle a passé des bras de Mannesmann à ceux de Richemont depuis décembre dernier, intégrant un des plus importants groupes horlogers mondiaux, de nouvelles perspectives s'offrent à elle en termes de développement. Une ouverture à ne pas prendre à la légère tant cette entreprise surfe les vagues du luxe avec une croissance nettement supérieure à la moyenne de l'industrie. Les résultats de l'année 2000 parlent d'eux-mêmes: Jaeger-LeCoultre a enregisté une hausse de 20% de ses ventes avec quelque 57 000 pièces vendues dans une gamme de prix allant de 3000 à 30 000 francs, pour un chiffre d'affaires estimé à 240 millions.

«Les responsables du pôle horloger de Richemont ont clairement exprimé leur souhait de garantir une plus grande autonomie à chacune des marques, explique Henry-John Belmont, le directeur de Jaeger-LeCoultre rencontré au Salon mondiale de la bijouterie et de l'horlogerie. Or nous étions exactement dans la même logique. En ce sens, cette intégration dans une grande entité est certainement une bonne chose pour la marque car cela va nous permettre d'intensifier notre présence sur les marchés américains et asiatiques, tout en nous donnant les moyens d'accélérer nos investissements dans notre outil de production.»

Car Jaeger-LeCoultre affiche clairement ses ambitions. Et pour s'en donner les moyens, la manufacture qui se targue de sortir trois nouveaux mouvements pas année, va dès 2002 entreprendre des travaux pour ajouter 12 000 m2 de surface de production aux 16 000 m2 existants. «Ce n'est pas tellement pour pousser les volumes que nous voulons grandir au Sentier mais plutôt pour nous permettre d'intégrer les technologies nécessaires à la qualité de nos montres. Car une chose est sûre aujourd'hui: dans ce marché, nous ne pouvons nous battre qu'avec des produits exceptionnels.» A moyen terme, Jaeger-LeCoultre, qui est probablement l'une des manufactures horlogères les plus autonomes en Suisse, n'en vise pas moins un chiffre d'affaires multiplié par deux. Une démarche que les actionnaires de Richemont devraient apprécier, même si, à l'inverse, le pouvoir actionnarial n'est pas une des vertus premières prisées par les horlogers.