La Commission de la concurrence (Comco) a tranché. A la veille des vacances horlogères, elle a publié vendredi un communiqué de presse très attendu par la branche dans le dossier de la livraison des composants horlogers, que Swatch Group entend réduire pour ses concurrents. Et la surprise est de taille: le gendarme de la concurrence refuse l’ensemble de l’accord à l’amiable pourtant conclu ce printemps entre son propre secrétariat et Swatch Group. Il accepte en revanche la réduction par le numéro un mondial des livraisons de mouvements mécaniques, mais pas celle des assortiments, a-t-il indiqué.

Interrogé par Le Temp s, Vincent Martenet, président de la Comco, rejette le terme de désaveu ou de tension avec son secrétariat. «Des éléments nouveaux sont apparus lors de l’audition des parties concernées. D’abord, qu’il n’existe pas d’alternative tant en volume qu’en rapport qualité-prix pour les assortiments de Nivarox, entité de Swatch Group. De plus, il y a un litige au niveau de la propriété intellectuelle entre plusieurs sociétés au sujet des organes réglants», détaille le président.

Un conflit qui serait susceptible de redistribuer l’ensemble des cartes dans les assortiments, soit les organes de l’échappement (formé notamment par l’ensemble balancier-spiral). Vincent Martenet explique que «la Comco, lorsqu’elle statue, dispose des prises de position des parties et parfois de tiers sur le projet du secrétariat. Ces éléments supplémentaires ainsi que les auditions ont un impact sur la décision conduisant, dans certains cas, à un résultat différent. Cela s’est déjà produit dans d’autres dossiers.»

Etant donné la situation sur le marché, une réduction des livraisons de composants essentiels des mouvements mécaniques (assortiments) serait prématurée, avance comme argument la Comco. Elle préfère attendre de voir quels seront les développements ces prochaines années. Les mesures provisionnelles en vigueur, soit la livraison de 95% de la quantité de référence, sont valables jusqu’à la fin de cette année. Dès le 1er janvier 2014, Swatch Group devra à nouveau les fournir sans restriction.

L’accord à l’amiable entre l’autorité de la concurrence et le groupe biennois tombe donc à l’eau. L’une de ses versions prévoyait parmi d’autres mesures une diminution graduelle des livraisons d’assortiments de 10 à 20% tous les deux ans, pour finir à une réduction de 70% dès 2022.

Que va-t-il désormais se passer? «La balle est dans le camp de Swatch Group. A lui de voir s’il veut faire de nouvelles propositions», selon Vincent Martenet. «Nous en prenons acte. Nous sommes toutefois un peu déçus, a fait savoir Nick Hayek, patron du leader mondial de l’horlogerie. C’est étonnant que ce refus arrive au moment où Swatch a prouvé avec son Sistem51 qu’il est possible de réinventer le mouvement mécanique en très peu de temps, qui plus est 100% Swiss made. Nous l’avons fait en deux ans, pour un montant raisonnable de 60 à 80 millions de francs. Pourquoi tous les autres horlogers, hors Swatch Group, n’y parviennent-ils pas?»

Selon la Comco, les discussions vont se poursuivre et il n’est pas exclu qu’un nouvel accord sur les mouvements, qui concerne la filiale ETA de Swatch Group, puisse être trouvé cette année encore. Par contre, cela prendra beaucoup plus de temps en ce qui concerne les assortiments (jusqu’à plusieurs années).

Les experts estiment que 90%, voire 95%, de ces composants sont produits par Nivarox. Il existe certes d’autres fabricants, comme Atokalpa, Rolex, Festina, Concepto, mais leur production est pour l’heure insuffisante pour combler les besoins en cas de diminution de Swatch Group. A tel point que la marque TAG Heuer a par exemple dû se tourner vers le japonais Seiko afin d’assurer ses besoins pour ces pièces – capitales à la motorisation d’une montre –, après la non-reconduction d’un contrat avec Nivarox.

A l’époque des mesures provisionnelles, la Comco précisait que l’objectif global de toute la procédure était de voir l’émergence d’alternatives au groupe biennois. La mesure de ce vendredi, qui autorise de facto le supermarché horloger, ne semble pas aller dans ce sens, juge un observateur neutre. Swatch Group estime pour sa part que lui permettre de fermer le robinet aboutirait à une industrialisation accrue dans le pays. Nick Hayek a d’ailleurs déploré le peu d’intérêt que semblent montrer les sociétés concurrentes à devenir indépendantes de son groupe.

Les discussions vont se poursuivre. Un nouvel accord pourrait encore être trouvé cette année, selon la Comco