Monsieur Schmidt s'en prend à Mobilkom. Son Natel vient de rendre l'âme, alors que sa BMW s'engouffrait dans un tunnel. En Autriche comme en Suisse, cette mésaventure arrive fréquemment. «Les tunnels sont un véritable cauchemar pour les opérateurs de téléphonie mobile», constate Jørgen Bang-Jensen, directeur de Connect Austria. Sa société a obtenu l'an dernier la troisième concession de téléphonie mobile en Autriche, après Mobilkom et max.mobil.

Protection du paysage

Jeudi, Connect Austria a lancé en grande pompe l'inauguration de son réseau de téléphonie mobile, pour l'instant confiné aux régions du Tyrol et du Vorarlberg (ouest de l'Autriche). La société, qui desservira tout le territoire autrichien en automne, offre à 71% de la population une alternative aux deux opérateurs déjà sur le marché. «Nous avons choisi de lancer notre réseau dans le Tyrol et le Vorarlberg en raison de l'important trafic routier, des nombreux tunnels et de la topographie difficile de la région», explique Jørgen Bang-Jensen. Autant de caractéristiques qui s'appliquent également à la Suisse.

Jørgen Bang-Jensen, ancien manager de Tele Danmark, a fait de la qualité des communications son cheval de bataille. Connect Austria a donc opté pour le système d'exploitation à courte portée, baptisé DCS 1800, contrairement à ses concurrents qui utilisent le système GSM 900. Meilleure qualité d'écoute (comparable à un réseau fixe) et transmission plus rapide des données sont les arguments invoqués pour ce choix.

En Suisse, la société Orange Communications a fait le même calcul. C'est elle qui a obtenu la troisième concession de téléphonie mobile pour le réseau 1800. Pas étonnant dès lors que l'on retrouve Orange dans les actionnaires principaux de Connect Austria, aux côtés de Viag, Tele Danmark, Telenor, Constantia et RHI Telekom.

Le seul problème c'est que le DCS 1800 nécessite deux à trois fois plus d'antennes pour obtenir une qualité optimale de transmission, la distance couverte par une antenne étant plus courte. Les dirigeants de Connect Austria estiment à 2000 le nombre d'antennes-relais nécessaires en Autriche. Actuellement, ils en ont 173 et Connect Austria prétend que la moitié a été érigée sur des poteaux déjà existants. Cette poussée de «champignons» métalliques n'est pas du goût de tous. Dans la région de Salzbourg, les oppositions font rage. On reproche aux antennes de défigurer le paysage et on craint ses champs électromagnétiques.

En Suisse, les opérateurs de téléphonie mobile rencontrent les mêmes problèmes. La Fondation suisse pour la protection et l'aménagement du paysage a adressé une lettre ouverte à Diax et Orange dans laquelle elle fait part des mêmes craintes. Les deux opérateurs prévoient en effet d'ériger près de 2000 antennes qui s'ajouteront aux 2500 de Swisscom. Afin d'atténuer les atteintes au paysage, Orange s'est adjoint les services de la société yverdonnoise Biolconseil, qui l'aide à choisir les sites de manière «écologique». «La qualité du réseau nécessite une «forêt» d'antennes», se justifient les opérateurs.

En Autriche comme en Suisse, le nombre d'utilisateurs de Natel ne cesse en effet d'augmenter. En Suisse, ils sont plus d'un million à posséder un portable, soit près de 18% de la population. C'est beaucoup moins que dans les pays nordiques (40%), mais si l'on en croit les spécialistes, ce chiffre est appelé à suivre une progression exponentielle. Selon eux, dans les dix prochaines années, près de 40% de la population autrichienne et suisse aura un téléphone portable. En Autriche, 1,6 million de personnes possèdent déjà un Natel. L'Autriche affiche le même taux de pénétration que la Suisse et chaque mois le marché croît de 0,75 à 1%, relève Jørgen Bang-Jensen. Sur les six premiers mois de l'année, il y a même eu 430 000 nouveaux utilisateurs.

Des chiffres qui démangent les opérateurs qui n'ont pas encore démarré leurs activités comme Orange Communications. En Suisse, un recours de Sunrise paralyse encore la libéralisation de la téléphonie mobile et c'est Swisscom qui se frotte les mains. «La rapidité avec laquelle on monte un réseau est cruciale», relève Frithjof Frederiksen, directeur d'Orange Communications. Sa société, qui sera opérationnelle au printemps, pourrait bien bénéficier du savoir-faire technologique et des spécialistes de Connect Austria. Quant à de futures collaborations entre les «Orange» d'Autriche et de Suisse, Frithjof Frederiksen se refuse à tout commentaire. Le patron de Connect Austria, Jørgen Bang-Jensen, est plus loquace et imagine à terme un abonnement binational pour les frontaliers austro-suisses.