C'est un pavé dans la mare qu'a lancé Teodoro Cocca, un maître de conférence au Swiss Banking Institute de Zurich. Dans un article paru mardi dans la NZZ, il présente les résultats de son étude comparant les performances de 109 banques privées dans 6 pays de 1990 à 2002. Ses conclusions sont en forme d'avertissement pour la place financière helvétique.

Les banques suisses restent globalement compétitives, mais l'écart s'est considérablement réduit avec leurs concurrents britanniques, français, italiens, allemands et, surtout, américains.

Le constat est similaire si l'on regarde la performance des dépôts. «Les fonds de placement des banques privées américaines ont dégagé 2,45% de rendement annuel entre 1997 et 2002 contre 0,49% pour les banques suisses», écrit le chercheur dans la NZZ. Joint au téléphone par Le Temps à la Stern School of Business de New York où il travaille actuellement, il tempère son propos: «La performance des Américains s'accompagne d'un risque nettement plus élevé.» Trop tard pour apaiser le Landerneau bancaire à Zurich et à Genève. En début de matinée (heure new-yorkaise), une quarantaine de banques avaient déjà demandé à voir l'étude.

Si l'objectif était de provoquer un électrochoc, Teodoro Cocca peut se targuer d'un succès. «Nous avons entamé cette recherche au moment où il était question de l'éventuelle disparition du secret bancaire. Les banques privées suisses voulaient se situer par rapport à la concurrence», explique-t-il. Hans Bär, président honoraire de Julius Bär, a apporté son soutien financier à ces travaux.

Teodoro Cocca qualifie lui-même les résultats obtenus de «déconcertants». Par exemple, alors que les banques suisses se trouvaient parmi les meilleures en termes de ratio coût/revenu au milieu des années 90, elles sont désormais sous la moyenne. Pendant la bulle, les banques suisses ont été les seules à accroître leur base de coûts plus vite que leurs revenus. A la fin de 2002, le besoin de baisse des coûts de personnel atteignait 27%.

Autre surprise, l'investissement informatique par employé en Suisse se révèle relativement modeste. Sa progression d'un quart sur la période étudiée fait pâle figure face au doublement consenti par les établissements allemands et américains.

Sur le front de la rentabilité par rapport aux capitaux propres, les banques suisses ont perdu leur prééminence même si l'on tient compte de leur tendance à la surcapitalisation. «Les banques américaines ont des taux de rendement supérieurs avec des niveaux de capitalisation similaires», écrit Teodoro Cocca (voir tableau).

Moins efficaces

En définitive, la menace vient essentiellement d'outre-Atlantique: «Les banques américaines sont les seules qui se soient montrées capables d'afficher de bonnes performances tant au niveau opérationnel qu'au niveau de leurs placements tout au long d'un cycle complet des affaires» conclut Teodoro Cocca. Les institutions européennes restent moins efficaces que les Suisses.

Les banques privées cotées comme Vontobel ou Sarasin ont tout naturellement été intégrées dans l'échantillon étudié. L'Union Bancaire Privée y figure, contrairement aux banquiers privés genevois qui publient peu de chiffres. Quant aux grands groupes comme Deutsche Bank, Dexia ou UBS, ils ont été désossés. Seules leurs divisions de banques privées sont entrées en ligne de compte. Le travail de décomposition a été encore plus poussé dans le cas d'une HSBC, puisque sa filiale HSBC Gueyerzeller figure parmi les banques suisses.