LA CHRONIQUE DES CHANGES

L’avenir des cryptomonnaies s’éclaircit mais la route s’annonce encore très longue

L’euphorie de l’année 2017 sur le marché des cryptomonnaies a été suivie d’un violent effondrement en janvier 2018. Ce début d’année a toutefois permis de dissiper quelque peu les incertitudes qui planent sur le futur de la blockchain

Après plusieurs mois de suspense, le marché des cryptomonnaies s’est finalement effondré en janvier et ce pour le grand plaisir de ses détracteurs. Au cours l’année 2017, la valorisation totale des cryptomonnaies avait explosé, passant de 18 milliards de dollars à plus de 835 milliards au début du mois de janvier de cette année, soit une augmentation de plus 4500%! De manière similaire, le prix du bitcoin a flirté avec les 20 000 dollars à la mi-décembre, portant sa valorisation totale à près de 335 milliards de dollars.

L’euphorie a cependant été de courte durée puisque cette période d’engouement sans commune mesure a été suivie d’une liquidation d’autant plus violente. La bulle des cryptomonnaies a-t-elle finalement explosé ou est-ce que le marché n’a fait que reculer pour mieux sauter?

Interdictions et blocages en Chine

Au vu des nombreuses incertitudes qui planent sur le futur des cryptomonnaies, du point de vue autant de la régulation que de l’adoption généralisée de la technologie blockchain, émettre des prédictions de prix reste un exercice aléatoire. Cependant, ce début d’année 2018 a permis de dissiper quelque peu le brouillard entourant le futur de cette nouvelle classe d’actifs. Du côté de l’Empire du Milieu, la situation ne va pas en s’améliorant puisque après avoir interdit les ICO (Initial Coin Offerings) – l’équivalent d’une offre publique d’achat pour les sociétés –, fait fermer les plateformes d’échange et banni les fermes de minage, le gouvernement chinois serait sur le point de bloquer l’accès domestique aux sites web étrangers qui offrent des services liés aux cryptomonnaies.

Il serait facile de céder à la panique et de conclure que ce type d’actifs n’a aucun avenir dans ce pays. Cependant, une telle interdiction n’est pas une fin en soi. La Chine a toujours géré d’une main de fer son système financier. Les cryptomonnaies mettent en péril cet étroit contrôle puisqu’elles permettent de transférer des fonds hors de Chine tout en évitant les contrôles des changes. Il y a donc de fortes chances pour que l’interdiction des activités liées aux cryptomonnaies ne soit que temporaire, afin de laisser le temps à l’Empire du Milieu de proposer une solution lui permettant de maintenir son contrôle – probablement la création de sa propre monnaie virtuelle étatique. Néanmoins, il est très probable que cette solution contienne une version édulcorée des principes de décentralisation et d’immutabilité. A voir, donc.

Optimisme américain

S’il y a un pays dont les investisseurs attendaient impatiemment un éclaircissement, c’est bien les Etats-Unis. Voilà chose faite, puisque le président de la CFTC (régulation des bourses de commerce des matières premières) ainsi que celui de la SEC (l'équivalent de la Finma) ont été auditionnés devant le Sénat américain la semaine dernière. A la surprise générale, les deux présidents ont parlé de manière optimiste des monnaies virtuelles, allant même jusqu’à dire que la technologie blockchain a un potentiel extraordinaire. De manière assez prévisible, ils ont appelé à une meilleure coordination des institutions de réglementation étatiques, ainsi qu’à des ajustements de la loi afin de protéger au mieux les consommateurs.

Il est également intéressant de relever que des distinctions très précises ont été faites entre les ICO, la technologie blockchain et les cryptomonnaies (au sens de monnaie pouvant remplacer le dollar ou l’euro). Le fait qu’une distinction aussi claire ait été faite à un stade de discussion aussi précoce suggère inévitablement un traitement réglementaire différent entre la blockchain d’une part et le bitcoin et les autres monnaies virtuelles d’autre part.

Grand potentiel disruptif

En effet, il y a un point sur lequel tout le monde est d’accord: la blockchain est la technologie qui a le plus grand potentiel disruptif pour les entreprises numériques. Les gouvernements et les banques centrales n’ont aucun problème avec cela. La situation est tout autre concernant l’utilisation de cette technologie dans le but de suppléer les monnaies fiduciaires. Les institutions étatiques à travers le monde vont défendre farouchement leur monopole de création monétaire, ce qui n’augure rien de bon pour les cryptomonnaies ayant pour unique but le transfert et le stockage de valeur. Il serait donc temps que les investisseurs s’intéressent à ces autres crypomonnaies qui utilisent la technologie blockchain dans le but de révolutionner des services déjà existants, afin de diversifier leur portefeuille.


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