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L’avenir de la gestion est féminin

Le mécontentement se répand parmi les investisseurs en raison des piètres performances et des coûts des banques. Jean-Louis de Gunzburg, 82 ans, associé de Geremant à qui il s'est associé à 65 ans, montre que la solution passe par un retour aux sources de la gestion et par le «feeling féminin»

Non, la gestion n’appartient pas qu’aux modèles. Pour être performant, la culture est un critère de succès. «Il faut placer les intérêts du client au-dessus des siens. Cela se traduit par des honoraires de gestion raisonnablement bas et une approche à la Warren Buffett, c’est-à-dire des achats directs de titres pour plusieurs années, sans multiplier les transactions et les achats de fonds maison», affirme Jean-Louis de Gunzburg, associé de Geremant, à Genève.

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«Le feeling joue un rôle considérable, plus important que l’analyse financière. En la matière, les femmes ont une dimension qui nous fait défaut», ajoute-t-il, avant d’aller chercher deux livres actuels qui appuient ses thèses. «Ce n’est pas du marketing. Lorsque je prends une décision, je cherche autant l’assentiment de mon assistante que celui de mes associés», ajoute-t-il. Jean-Louis de Gunzburg se rappelle enfin l’appel de deux clientes ayant demandé de liquider tous leurs portefeuilles en actions avant le krach d’octobre 1987.

Les faits ne donnent pas tort à cet homme de 82 ans qui s’est lancé dans une start-up à 65 ans. Geremant présente une performance de gestion de 8 à 10% par an sur 20 ans selon les portefeuilles. L’achat direct de titres, plutôt que les fonds actifs ou passifs, lui permet de dépasser largement le rendement de la gestion passive et des ETF et de demander des honoraires de 0,3 à 1%, soit très inférieurs à la moyenne de l’industrie.

Nouveau départ à 65 ans

Jean-Louis Gunzburg, né en 1935 à Paris, est issu d’une famille qui a géré la fortune des tsars. Après une carrière dans une banque d’affaires de la City, puis aux Etats-Unis au sein de la Bank of America, il devient président de la Banque Franck, à Genève. A la vente de cette dernière au groupe américain Johnson Financial, il entre à la direction de Pictet & Cie. C’est même le premier étranger à un tel poste dans la première banque privée. Une décennie plus tard, il quitte cette dernière à 65 ans et, trop passionné par son métier pour prendre sa retraite, rejoint Geremant. Aujourd’hui, les actifs sous gestion atteignent 400 millions de francs.

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Si l’associé de Geremant sort du débat entre gestions active ou passive, Warren Buffett lui-même vante depuis peu les avantages des ETF. Le «mage d’Omaha» explique qu’avec la gestion passive, l’investisseur évite des commissions qui réduisent d’autant leur rendement. Les frais bancaires des investisseurs dépassent généralement 1% par an et réduisent la performance. «Depuis 2010, avec un risque médian (autant de portefeuilles avec un risque supérieur qu’inférieur), le rendement espéré à long terme sur la base des performances historiques atteint 43% pour un portefeuille. Ce n’est pas mauvais puisque cela correspond à 6% par an», observe Patrick Müller, directeur de Zwei Wealth Experts, à Zurich. Mais le rendement effectif (et non pas espéré) est décevant. Il n’est plus que de 22%, sans compter les frais bancaires. Si l’on suppose que ces derniers s’élèvent à 1% par an, le rendement cumulé net tombe à 12%, soit 2% par an. Patrick Müller en déduit que «si l’approche à long terme est un bon choix, la mise en œuvre de cette stratégie est déficiente et les frais trop élevés». La solution passe par la transparence, selon Zwei Wealth Experts. L’investisseur devrait obtenir chaque trimestre un rapport sur la performance afin de constater les écarts avec ses objectifs et pouvoir réagir.

Mécontentement des investisseurs

«Les modestes rendements obtenus auprès des banques se traduisent logiquement par un mécontentement et une inaction des investisseurs privés sur les marchés», explique Patrick Müller. «Les investisseurs, notamment les jeunes, vont revenir à l’investissement direct en actions et dans des start-up plutôt que de confier leurs capitaux aux banques» renchérit Jean-Louis de Gunzburg. Dans sa sélection d’actions, ce dernier analyse d’abord le management, puis la solidité et les perspectives à long terme. Il aime bien Galenica Santé, Roche, Sika Schindler pour son exposition aux émergents. Mais ne lui demandez pas s’il réduit son portefeuille en actions françaises avant les élections, «non, je ne vais pas faire du trading avec Danone ou L’Oréal. Ce la n’amène que des frais supplémentaires!», dit-il. Pour compléter ces positions, il ajoute également quelques fonds thématiques (robotique par exemple).

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La modestie des rendements des fonds actifs a été récemment estimée par S&P Dow Jones. Il en ressort que 80% des fonds en actions internationales sous-performent à trois ans, 91% à cinq ans, 94% à dix ans. 93% des fonds en actions américaines présentent également un rendement inférieur à l’indice sur à trois ans, 92% à cinq ans et 91% à dix ans. Même une bonne performance ne garantit pas d’attirer des capitaux. En 2016, les fonds actifs appartenant au premier quart du classement des performances ont subi autant de pertes nettes de capitaux que la moyenne, selon Morgan Stanley.

Afflux record dans les ETF

Ce n’est pas une surprise si les gérants passifs ont le vent en poupe. Pour le seul mois de mars, les ETF ont enregistré un afflux net record de capitaux de 65 milliards de dollars. Depuis le début de l’année, la croissance des ETF est 2,5 fois supérieure à celle de l’année dernière. Le premier bénéficiaire est naturellement le leader du marché, iShares (BlackRock). Ce dernier gère 269 milliards d’euros d’actifs en Europe, selon Thomson Reuters, soit plus de 4 fois le montant des suivants, Lyxor et Deutsche Bank.

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Aussi bien les départements de gestion des grandes banques que les boutiques spécialisées, malgré des exceptions (Partners Group) souffrent des tendances actuelles. Deutsche Bank précisément, comme d’autres grandes banques, est en quête de fonds propres. Elle veut introduire en bourse son unité de fonds dans le cadre du projet dit Orion. Sa valeur atteindrait 7 à 8 milliards d’euros, selon la Handelsblatt. Certains gérants actifs spécialisés sont également à la peine, à commencer par GAM. Le gérant suisse affrontera cette semaine en assemblée générale l’opposition du fonds spéculatif de Rudolf Bohli, maintenant soutenu par Silchester International. La sous-performance de ses fonds, la rémunération généreuse d’Alexander Friedman (5,7 millions en 2016) et des mesures d’économies jugées insuffisantes mobilisent les adversaires des propositions du conseil d’administration actuel.

Les gérants d’actifs ont augmenté leurs revenus de 65 milliards de dollars en cinq ans alors que ceux des grandes banques d’affaires ont baissé de 45 milliards, selon «The World Turned upside down», une étude d’Oliver Wyman et Morgan Stanley. Mais l’asset management affrontera un vent contraire. D’ici 2019, le total des actifs gérés augmentera de 14%, mais les commissions devraient baisser de 10% et les marges de 7%. Au total les revenus des gérants d’actifs devraient diminuer de 3%. La gestion d’actifs représente 83 milliards de dollars de profits. Ce montant est menacé.

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