La Chine, future puissance exportatrice d'automobiles? Prématurée il y a encore quelques mois, la question devient d'actualité. Le coût des voitures est en chute. Tous les grands groupes mondiaux investissent massivement sur un marché qui se sature. La surproduction menace de déboucher sur une guerre des prix. Les salaires des ouvriers sont sans concurrence. Autant de facteurs qui devraient pousser les producteurs établis en Chine à réorienter une partie de leur production vers d'autres débouchés. Honda est le premier à faire le pas. L'an prochain, son usine de Canton produira 30 000 véhicules pour le marché européen. Le constructeur japonais fait pour l'heure figure d'exception.

«Nous investissons pour le marché chinois. Il n'est pas question d'exportation, explique Jean-Hugues Duban, porte-parole du groupe PSA Peugeot Citroën. Ce n'est pas prévu pour l'instant.» Au sud de Wuhan, 8 millions d'habitants, au centre de la Chine, le géant français vient d'investir 600 millions d'euros pour doubler sa capacité de production d'ici à 2006. Trois cent mille véhicules sortiront alors d'usine dont la 307 de Peugeot, une marque qui fête son grand retour après avoir jeté l'éponge il y a sept ans. A l'époque, ses dirigeants n'y avaient pas cru.

Les Français suivent un mouvement général. Volkswagen, qui domine largement le marché chinois, investira 6 milliards d'euros d'ici à 2006 et doublera également sa production. Même programme pour General Motors (GM), qui injectera 3 milliards de dollars ces trois prochaines années. DaimlerChrysler, qui construit une nouvelle chaîne de Mercedes-Benz à Pékin, annonce 1,7 milliard d'euros d'investissements. Ford, Toyota, Nissan et Hyundai affichent des programmes aussi ambitieux.

Tous ces acteurs évoquent un marché extraordinaire. Ces deux dernières années, avec des ventes qui ont bondi de 80%, les esprits les plus sereins ont été pris de tournis. Plus de 4,4 millions de véhicules (tous genres confondus) ont été produits l'an dernier dont 2 millions de voitures individuelles. Les statistiques officielles chinoises évoquent 10 millions d'unités pour 2010 et 15 millions pour 2015. Mais ces mêmes chiffres parlent d'une surproduction de 2 millions de voitures dès 2007. Après une croissance de 30% au premier trimestre 2004, les ventes ont fait une chute de près 20% en mai sous l'effet des mesures du gouvernement central pour lutter contre la surchauffe économique.

Comme tous ses concurrents, l'usine Peugeot Citroën de Wuhan est une entreprise mixte, un droit d'entrée imposé par Pékin. Parmi ses 7000 employés, on dénombre 38 expatriés. «L'usine est à l'image de celles que nous avons en France, explique l'un de ses responsables. Elle est à peine moins automatisée, histoire de préserver plus d'emplois selon l'exigence de la partie chinoise.» Un ouvrier qualifié coûte 1200 yuans (190 francs) par mois auxquels s'ajoutent quelques avantages sociaux. La politique salariale est contrôlée par la cellule du parti communiste de Dongfeng, la coentreprise locale. 1700 employés ont été désignés pour adhérer au parti. Il n'existe aucun syndicat indépendant.

90% des composants des Citroën qui sortent d'usine sont désormais produits localement. Seules les boîtes de vitesses doivent encore être importées. Les matières premières sont toujours 70% plus chères qu'en Europe et les composants 20% plus chers. Mais les prix sont en train de chuter, l'achat d'une voiture baissant entre 10 et 20% chaque année.

La concurrence devient acharnée. Les marges de profits s'éliment. Car il n'y a pas que les géants mondiaux qui soient présents en Chine. Une centaine de petits producteurs locaux guerroient pour survivre. A terme, le pouvoir central compte sur la formation de quatre ou cinq grands groupes automobiles nationaux. «Les constructeurs locaux auront leurs propres marques d'ici huit à dix ans», déclarait il y a peu Zhang Xiaoyu, le président de l'Association chinoise des constructeurs automobiles.

Certains, comme Geely, une entreprise privée du sud de la Chine, commencent d'ores et déjà à s'imposer sur les moyen et bas de gamme. Les groupes étrangers ont en effet visé jusqu'ici uniquement le haut de gamme, ciblant la clientèle des nouveaux riches. La 307 de Peugeot se vend ainsi entre 14 800 et 19 600 euros suivant le modèle, dans un pays où le revenu annuel moyen par habitant vient à peine de passer le cap des 1000 dollars.