Le principal actif d'une banque, c'est la confiance que lui accordent les épargnants et les investisseurs. Un élément qu'il n'est pas aisé de mesurer et qui ne peut se résumer à un chiffre. Car la finance n'a jamais été aussi complexe et multidimensionnelle. Au-delà des modèles mathématiques, c'est un élément subjectif qui décidera l'épargnant à se ruer au guichet pour retirer son argent ou à investir davantage.

La confiance n'est pas le fruit du hasard. La perception momentanée envers un établissement dépend en partie de l'épaisseur d'un coussin de sécurité, les fonds propres. Certes, la crise qui secoue la planète financière a d'abord été baptisée une crise de liquidité parce que, faute de confiance entre les acteurs, plus rien ne s'échangeait dans le secteur des dérivés de crédit «subprime». Mais aujourd'hui, la perte de confiance porte sur un autre risque, celui de solvabilité. «La crise des «subprime» a mis en lumière de manière l'influence capitale qu'une dotation de fonds propres peut exercer sur la confiance des investisseurs», selon Daniel Zuberbühler, directeur de la Commission fédérale des banques (CFB). Les fonds propres créent de fortes incitations, dessinent le jardin dans lequel un établissement cultivera ses relations. La course à la confiance se transforme donc en course aux fonds propres.

La mesure de la dette

Qu'entend-on exactement par une dotation suffisante de fonds propres? Des voix aussi prestigieuses que celles de Philipp Hildebrand, à la BNS, exigent des «amortisseurs» de chocs toujours plus étoffés. Il faut «renforcer les dispositions régissant les fonds propres» par l'intermédiaire d'un «multiplicateur approprié» et par l'introduction d'un ratio d'endettement maximum (leverage ratio). La BNS veut prendre en compte le montant brut de fonds propres et non pas ajusté du risque.

Tout a commencé l'année qui suivi le krach de 1987. Le comité de Bâle, qui regroupe 13 banques centrales, a alors décidé d'introduire un ratio minimum de 8% des fonds propres au bilan, dit ratio Cooke. Il se concentrait sur le montant des crédits et ignorait les risques associés à ceux-ci. Pourtant tous les emprunteurs ne se valent pas, ni tous leurs produits. Cette nouvelle réglementation se limitait au seul bilan et créait donc une incitation pour les banques à développer leurs affaires dans des sociétés spéciales hors bilan. Il en est résulté une explosion de ces entités qui évitent d'immobiliser des fonds propres. Ce sont les SIV (structured investment vehicles) et autres conduits, ceux-là mêmes auxquelles les banques ont dû fournir des liquidités pendant la crise des «subprime».

Coussin élargi

Le comité de Bâle a alors décidé en 2004 de répondre aux défauts de son modèle par les accords dits de Bâle II. Ceux-ci se composent de trois piliers: l'exigence de fonds propres (pilier I), la procédure de surveillance de la gestion des fonds propres (pilier II) et la discipline de marché (pilier III).

Bâle II corrige les défauts de Bâle I et développe par exemple un lien entre les affaires du bilan et hors-bilan. Il atteint l'un des objectifs visés, offre une plus grande diversité de couvertures de fonds propres selon les risques. Il intègre les SIV et autres conduits, impose une gestion plus rigoureuse du risque et se penche aussi sur le risque de crédit de contrepartie.

En Suisse, le règlement a été mis en vigueur dès le début 2007 et appliqué au plus tard au premier janvier 2008. Mais la transition de Bâle I à Bâle II prendra 10 ans, selon Standard & Poor's. L'entrée en vigueur aux Etats-Unis a été décalée. Ce corpus législatif créera donc des distorsions.