Pourquoi la Banque cantonale de Zurich (BCZ) détient-elle 20,4% du groupe Unaxis, dont 14,3% sous forme de produits dérivés? Est-ce le rôle d'une banque cantonale de spéculer sur un titre qui a progressé de 40% depuis le début de l'année? La BCZ veut-elle prendre le contrôle du groupe technologique zougois?

Les résultats record de la BCZ présentés jeudi (lire ci-dessous) durant trois quarts d'heure par son patron, Hans Vögeli, faisaient presque figure d'anecdote. Ou de prélude à une salve de questions.

Les réponses de Hans Vögeli ont été immédiates et bien préparées. «Nous disposons d'options d'achat sur Unaxis. Pour couvrir ce risque, nous avons acquis des actions supplémentaires. Cette opération s'effectue dans le cadre normal de nos activités. Nous n'avons pas l'intention de prendre le contrôle d'Unaxis. Ce n'est pas le rôle de notre banque d'avoir une influence dans une entreprise», argumente-t-il avec vigueur. Il ajoute: «Nos options d'achat et nos titres constituent notre couverture. Cela ne nous autorise pas à les vendre. La contrepartie est constituée par d'autres banques et leurs clients. Nous ne connaissons pas ces derniers.»

Depuis le début de l'année, la progression de l'action du troisième groupe européen dans les équipements semi-conducteurs est la plus forte de toutes les entreprises du SMI. Le titre fait l'objet de spéculations liées à une bataille pour la prise de pouvoir d'Unaxis. Un pouvoir actuellement dispersé entre trois principaux groupes d'actionnaires.

D'un côté, la famille Bührle qui, via la holding familiale Ihag, détient 21% des actions Unaxis. La société de haute technologie est active dans différents secteurs, mais aucune synergie n'existe entre eux. Un démembrement par unité serait plus rentable que la vente du groupe dans son entier. Principal obstacle, d'après le bi-hebdomadaire alémanique Finanz und Wirtschaft (FuW): l'ancienne génération de la famille Bührle, et plus particulièrement Hortense Anda-Bührle, bloquerait toute velléité de réorganisation du groupe depuis plusieurs années. Néanmoins, trois banques d'affaires renommées ont reçu le mandat de chercher des repreneurs.

Offre d'achat

De l'autre côté, Ronny Pecik, membre du conseil d'administration de la société ATB Austria Antriebstechnik, et Mirko Kovats, président du conseil d'administration de la société Victory Industriebeteiligung (VI). D'après FuW, ces derniers ont, via la société d'investissement Victory Industriebeteiligung, augmenté leurs positions dans Unaxis de 11,92 à 21,53%. Cette opération a été effectuée en quelques jours durant le mois de février, principalement à l'aide d'options d'achats («call options»). Elle a été annoncée le 23 février par VI.

Quelques jours avant cette prise de participation, Ronny Pecik et Mirko Kovats ont rencontré Gratian Anda, délégué du conseil d'administration de Ihag. Ils devaient lui faire une offre d'achat. Une autre rencontre devait avoir lieu, mais chez Ihag, la communication est pour le moins silencieuse. «Notre porte-parole est en déplacement. Nous ne faisons aucun commentaire à ce sujet», a-t-on répondu jeudi.

De son côté, le 24 février, soit un jour après l'annonce de VI, la BCZ informait qu'elle détenait 20,4% des droits de vote d'Unaxis (14,3% dans les dérivés et 6,1% d'actions nominatives). Explication: les investisseurs autrichiens ont vendu des options d'Unaxis des banques Vontobel et ABN Amro. Une grande partie des revenus engendrés a été investie dans les dérivés de la BCZ. Dès lors, à Zurich, les milieux économiques se posaient la question de savoir si la BCZ agissait pour le compte de VI. La banque zurichoise a démenti jeudi. «Nous n'avons aucun accord avec les investisseurs autrichiens pour les aider à acquérir Unaxis. Nous ne les avons jamais rencontrés», a défendu Hans Vögeli.

Du côté d'Unaxis, on ne se prononce pas sur cette affaire. «Nous nous concentrons sur nos activités et développons notre stratégie», dit platement Philipp Gamper, responsable des relations avec les investisseurs.

L'avenir d'Unaxis va certainement s'éclaircir dans deux mois. L'assemblée annuelle des actionnaires se tiendra le 26 avril. Une animation certaine est attendue.